Runes et magie· 46 min read ·novembre 3, 2026

Runes du Futhark ancien : noms et signification des 24 runes

On this page 16 sections
  1. Tableau du Futhark ancien : les 24 runes et leur signification
  2. Le Futhark ancien en bref
  3. Qu’est-ce qu’une rune ? D’abord une lettre
  4. Futhark ancien ou Futhark récent : quelles runes les Vikings utilisaient-ils ?
  5. D’où vient la signification des runes ? Les trois poèmes runiques
  6. Les trois ættir (aettir) : comment les 24 runes sont regroupées
  7. La première ætt (l’ætt de Freyr) : de Fehu à Wunjo
  8. La deuxième ætt (l’ætt de Hagall) : de Hagalaz à Sowilo
  9. La troisième ætt (l’ætt de Týr) : de Tiwaz à Othala
  10. Comment Odin a découvert les runes : ce que dit le Hávamál
  11. À quoi servaient vraiment les runes : écriture, monuments funéraires et magie
  12. Runes liées : ligatures anciennes et sigils modernes
  13. Écrire son nom en runes du Futhark ancien
  14. Sens modernes des runes, divination et rune blanche « d’Odin »
  15. Questions fréquentes
  16. Sources et notes de la rédaction

Le Futhark ancien est le plus ancien alphabet runique complet : 24 runes utilisées par les peuples de langue germanique à partir de 150 apr. J.-C. environ, et dont le nom reprend les sons des six premières, f, u, þ (th), a, r et k. Chaque rune notait un son et portait un nom, comme fehu, « bétail », ou tīwaz, « le dieu Týr », mais ces noms sont reconstitués à partir de poèmes runiques médiévaux, et la plupart des significations qu’on vend aujourd’hui pour les runes sont modernes.

Ce guide présente les 24 runes du Futhark ancien dans l’ordre : pour chacune, son nom et ses autres graphies courantes, le son qu’elle note, son sens, et ce qu’en disent les trois poèmes runiques médiévaux. Le sens divinatoire moderne vient en dernier dans chaque fiche, clairement signalé, pour que vous voyiez où s’arrêtent les preuves.

L’essentiel
  • 24 runes, en trois rangées de huit : l’ordre est connu grâce à des futharks complets, dont le plus ancien est celui de la pierre de Kylver, sur l’île de Gotland (vers 400 apr. J.-C.).
  • Plus ancien que les Vikings : le Futhark ancien a servi d’environ 150 à 650 apr. J.-C., puis a cédé la place à une rangée plus courte au début du VIIIe siècle. Les Scandinaves de l’âge viking écrivaient avec le Futhark récent, à 16 runes.
  • Les noms sont reconstitués à partir de poèmes runiques anglo-saxon, norvégien et islandais, mis par écrit bien des siècles plus tard.
  • Les runes ont d’abord servi à écrire : les premières inscriptions sont des noms, des formules de fabricant et des inscriptions commémoratives. La magie, elle, doit se démontrer inscription par inscription. Les sens inversés, la rune blanche et les oracles runiques sont modernes.

Tableau du Futhark ancien : les 24 runes et leur signification

Dans l’ordre moderne habituel ; cliquez sur un nom pour aller à sa fiche. Sous chaque nom : la forme reconstruite en proto-germanique (avec astérisque, d’après Tineke Looijenga, 2003), puis les autres graphies qu’on trouve dans les livres et les jeux de runes. Dernière colonne : les poèmes médiévaux qui parlent de la rune. AS = poème runique anglo-saxon, N = poème runique norvégien, I = poème runique islandais.

RuneNom et autres graphiesSonSens du nomPoèmes runiques
ᚠFehu
*fehu ; Feoh, Fé
fbétail, richesseAS, N, I
ᚢUruz
*uruz ; Ur, Úr
uaurochs (AS) ; bruine ou scories (N, I)AS, N, I
ᚦThurisaz
*þurisaz ; Thurs, Thorn
þ (th)géant (N, I) ; épine (AS)AS, N, I
ᚨAnsuz
*ansuz ; Os, Óss
aun dieu, l’un des AsesAS, N, I
ᚱRaidho
*raidō ; Raido, Rad, Reið
rchevauchée, voyageAS, N, I
ᚲKenaz
*kaunan? ; Kaunan, Kano, Cen, Kaun
kulcère (N, I) ; torche (AS)AS, N, I
ᚷGebo
*gebō ; Gyfu
gdonAS
ᚹWunjo
*wunjō ; Wynn
wjoieAS
ᚺHagalaz
*haglaz ; Hagall, Hægl
hgrêleAS, N, I
ᚾNaudiz
*naudiz ; Nauthiz, Naudhiz, Nauðr
nbesoin, contrainteAS, N, I
ᛁIsa
*īsaz ; Isaz, Íss
iglaceAS, N, I
ᛃJera
*jāran ; Jeran, Ger, Ár
j (y)année, bonne récolteAS, N, I
ᛇEihwaz
*īwaz ; Eiwaz, Ihwaz, Eoh
ï (incertain)ifAS
ᛈPerthro
*perō? ; Perth, Pertho, Peorð
pinconnu (peut-être un pion de jeu)AS
ᛉAlgiz
*algiz? ; Elhaz, Eolh
z (plus tard R)incertain : élan ? laîche (AS)AS (forme tardive : N, I)
ᛊSowilo
*sōwilō ; Sowelu, Sigel, Sól
ssoleilAS, N, I
ᛏTiwaz
*tīwaz ; Teiwaz, Tyr, Tir
tle dieu TýrAS, N, I
ᛒBerkano
*berkanan ; Berkana, Beorc, Bjarkan
bbouleauAS, N, I
ᛖEhwaz
*ehwaz ; Eh
echevalAS
ᛗMannaz
*mannaz ; Man, Maðr
mhomme, être humainAS, N, I
ᛚLaguz
*laguz ; Lagu, Lǫgr
leau, mer (ou poireau ?)AS, N, I
ᛜIngwaz
*ingwaz ; Inguz, Ing
ŋ (ng)le dieu IngAS
ᛞDagaz
*dagaz ; Dæg
djourAS
ᛟOthala
*ōþalan ; Othila, Odal, Ēþel
oterre héritée, domaineAS

Tableau imprimable gratuit : les runes du Futhark ancien. Les 24 runes sur une seule page, avec leur son, le sens de leur nom et un vers tiré des poèmes runiques médiévaux. Au verso, les 16 runes qu’utilisaient réellement les Vikings. Format A4 en PDF, libre d’impression et de partage en classe. Vous recevez le lien de téléchargement tout de suite, puis quelques e-mails de Mythic Harmonies : nouveaux guides et notre musique. Désinscription à tout moment. Le tableau et le formulaire ci-dessous sont en anglais.

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La pierre de Kylver, dalle de calcaire gris gravée de la rangée complète des 24 runes du Futhark ancien, au Musée d'histoire de Suède
La pierre de Kylver (G 88), une dalle de calcaire provenant d’une tombe à coffre de Kylver, sur Gotland, qui porte le plus ancien futhark complet connu. Musée d’histoire de Suède, Stockholm ; datée d’environ 400–470 (Rundata) ou de 400–550 (musée). Photo : Helena Bonnevier, SHM, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons. Image redimensionnée et convertie en WebP.

Le Futhark ancien en bref

  • Nom : « futhark » est un mot moderne formé sur les six premières runes, comme « alphabet » vient d’alpha et de bêta. On parle aussi de vieux futhark ou de futhark germanique, pour le distinguer du Futhark récent.
  • Runes : 24, en trois groupes de huit, appelés plus tard ættir.
  • Dates : d’environ 150 à 650 apr. J.-C. Suit une période de transition (vers 520–700, visible sur les pierres du Blekinge, en Suède), et le Futhark récent à 16 runes s’impose au début du VIIIe siècle.
  • Plus anciennes inscriptions sûres : le peigne de Vimose, au Danemark, harja (vers 160), et la pointe de lance d’Øvre Stabu, en Norvège, raunijaz (vers 160–250). Des fragments de pierre gravés de Svingerud, en Norvège, proviennent d’une tombe datée au radiocarbone entre 50 av. J.-C. et 275 apr. J.-C. : quelques runes pourraient donc être plus anciennes encore.
  • Futharks complets : pierre de Kylver (Gotland, vers 400), bractéate de Grumpan (Suède, vers 500) et bractéate de Vadstena (Suède, VIe siècle), plus les rangées partielles de la colonne de Breza (Bosnie, quatre dernières runes perdues) et de la fibule de Charnay (Bourgogne), toutes deux du VIe siècle.
  • Origine : adapté d’un alphabet méditerranéen, latin ou nord-italique, vers le Ier siècle apr. J.-C. ; le modèle exact est discuté.

Qu’est-ce qu’une rune ? D’abord une lettre

Les runes sont des lettres. Chaque rune du Futhark ancien note un son, et les plus anciennes inscriptions s’en servent comme de n’importe quelle écriture : pour écrire des noms, pour dire qui a fabriqué ou possédé un objet, et plus tard pour honorer les morts. Le mot rune a une histoire plus large : la Bible gotique du IVe siècle emploie runa au sens de « mystère », et le vieil anglais rūn peut désigner un secret ou un murmure aussi bien qu’une lettre. Cela décrit le mot, pas un pouvoir caché dans chaque signe.

L’origine de cette écriture fait encore débat. Le Musée d’histoire de Suède estime qu’elle s’est inspirée « principalement de l’alphabet romain ». Looijenga suggère que les runes ont été conçues au Ier siècle apr. J.-C. dans des régions romanisées le long du Rhin, peut-être à partir d’une variante nord-italique de l’alphabet ; d’autres penchent pour une forme provinciale du latin. Certaines runes ressemblent de très près à des lettres latines (ᚠ F, ᚱ R, ᛒ B) ; d’autres n’ont pas de modèle évident.

Les plus anciens textes sont brefs : harja, probablement un nom, sur le peigne de Vimose ; raunijaz, « celui qui éprouve », le nom de la pointe de lance d’Øvre Stabu. La pierre d’Einang, en Norvège, porte [ek go]dagastiz runo faihido, « Moi, Godagastiz, j’ai peint la rune » (vers 350–400) : les runes étaient peintes autant que gravées.

Petit peigne de Vimose, au Danemark, dont le manche porte cinq runes gravées qui se lisent harja
Le peigne de Vimose, en Fionie (Danemark), gravé harja (DR 207), vers 160 apr. J.-C., l’une des plus anciennes inscriptions runiques datées avec certitude. Musée national du Danemark. Photo : Roberto Fortuna et Kira Ursem, Nationalmuseet, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons. Image redimensionnée et convertie en WebP.

Futhark ancien ou Futhark récent : quelles runes les Vikings utilisaient-ils ?

Pas le Futhark ancien. À l’âge viking (environ 750–1050), les Scandinaves écrivaient avec le Futhark récent, à 16 runes. Les pierres du Blekinge, dans le sud de la Suède, comme celles de Stentoften et de Björketorp (vers 520–700), montrent la transition : d’anciennes runes y prennent de nouvelles valeurs. Avec moins de lettres, chaque rune travaillait davantage : la rune k notait aussi g, t notait aussi d, b aussi p, u aussi o.

Huit runes anciennes ont disparu : Gebo, Wunjo, Eihwaz, Perthro, Ehwaz, Ingwaz, Dagaz et Othala. Ce sont exactement celles dont les poèmes runiques norvégien et islandais ne parlent pas. Les 16 qui restaient, dans l’ordre du poème norvégien, sont fé, úr, þurs, óss, reið, kaun, hagall, nauðr, íss, ár, sól, týr, bjarkan, maðr, lǫgr et ýr. Une page qui présente le Futhark ancien comme « les runes vikings » mélange deux systèmes ; notre index des symboles vikings et de leurs preuves couvre le Futhark récent et les autres signes datés avec certitude de l’âge viking.

D’où vient la signification des runes ? Les trois poèmes runiques

Aucune inscription de l’époque du Futhark ancien ne nous dit comment s’appelaient les runes. Les noms viennent de manuscrits médiévaux, avant tout de trois poèmes qui consacrent à chaque rune une courte strophe. Comme le note Looijenga, plusieurs siècles séparent les premières écritures runiques des premiers noms attestés ; les linguistes reconstituent les formes anciennes à partir des formes tardives.

  • Poème runique anglo-saxon : 29 strophes, qui couvrent les 24 runes anciennes plus cinq ajouts anglais propres au futhorc anglo-saxon. Son unique manuscrit, Cotton Otho B.x, a brûlé en 1731 ; le texte nous est parvenu par l’édition imprimée de George Hickes, en 1705. Dickins jugeait le poème bien plus ancien que le manuscrit perdu. Son regard est chrétien : il parle de drihten, « le Seigneur », et appelle Dieu hālig heofones cyning, « saint roi du ciel ».
  • Poème runique norvégien : 16 strophes de deux vers, une par rune du Futhark récent, attribuées à la fin du XIIIe siècle. Ole Worm l’a imprimé en 1636 d’après un manuscrit qui a brûlé en 1728. Chaque strophe associe un vers sur la rune à un dicton qui ne s’y rattache que de loin.
  • Poème runique islandais : 16 strophes de trois kennings (descriptions poétiques) chacune, dans des manuscrits du XVe siècle et des siècles suivants, comme l’AM 687 4to, où chaque strophe porte une glose latine : Óss y devient Jupiter, Týr y devient Mars.

Les poèmes sont donc tardifs, chrétiens et parfois contradictoires, parce que les noms avaient dérivé : la rune qui est un aurochs en Angleterre est une bruine en Islande. Pour les huit runes absentes de la rangée récente, le poème anglo-saxon est notre seul témoin médiéval.

Page imprimée en 1705 montrant le poème runique anglo-saxon, chaque strophe introduite par sa rune et le nom de celle-ci
Le poème runique anglo-saxon dans George Hickes, Linguarum veterum septentrionalium thesaurus (Oxford, 1705), vol. 1, p. 135, copié par Humfrey Wanley sur le manuscrit Cotton Otho B.x avant qu’il ne brûle en 1731. Le bas de la page est coupé sur cette numérisation : la fin de la strophe 28 et la strophe 29 manquent. Domaine public, via Wikimedia Commons. Image convertie en WebP.

Les trois ættir (aettir) : comment les 24 runes sont regroupées

La division en trois rangées de huit est ancienne. Les bractéates d’or du VIe siècle de Vadstena (Ög 178, aujourd’hui perdue) et de Grumpan (Vg 207) écrivent toutes deux le futhark en trois groupes séparés par des signes : fuþarkgw : hnijïpzs : tbemlŋod. Le nom est bien plus tardif : après le Moyen Âge, la tradition savante islandaise appelait ces groupes ættir, « familles », d’après Freyr, Hagall et Týr ; le dictionnaire de Cleasby et Vigfússon (1874) définit Hagals-ætt comme « la deuxième partie de l’alphabet runique ».

« L’ætt de Heimdall » et « l’ætt de Freyr et Freyja » sont des étiquettes modernes, tout comme les thèmes souvent attribués à chaque rangée. Même l’ordre variait : Kylver écrit ᛈ avant ᛇ et se termine par ᛞ ᛟ, tandis que Vadstena, Grumpan et le poème anglo-saxon placent ᛇ en premier et finissent par ᛟ ᛞ. Il n’existait pas une seule « bonne » dernière rune.

Bractéate d'or ronde de Grumpan, en Suède, avec au centre une tête humaine stylisée au-dessus d'un animal, et des runes sur le pourtour
La bractéate de Grumpan (Vg 207), pendentif en or du Västergötland, en Suède, vers 500 apr. J.-C. Son bord porte le Futhark ancien en trois groupes de huit, séparés par des rangées de points. Musée d’histoire de Suède. Photo : Ulf Bruxe, SHM, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons. Image redimensionnée et convertie en WebP.
Comment lire les fiches des runes

Le sens, le son et les graphies viennent d’abord, puis ce que disent les poèmes runiques, dans notre propre traduction ; l’encadré donne les vers originaux en vieil anglais ou en vieux norrois, d’après l’édition de Bruce Dickins, Runic and Heroic Poems of the Old Teutonic Peoples (1915), avec les strophes comptées dans l’ordre de chaque poème (Dickins numérote le poème anglo-saxon par vers). Les inscriptions portent leur numéro Rundata, avec lectures et dates d’après Rundata et, pour les découvertes continentales et anglaises, d’après Looijenga. Les strophes eddiques suivent la numérotation standard, avec celle de Bellows (1923) entre parenthèses quand elle diffère. Le sens divinatoire moderne vient en dernier.

La première ætt (l’ætt de Freyr) : de Fehu à Wunjo

ᚠ Fehu : bétail, richesse

Sens : le bétail, d’où la richesse mobilière (comparez l’anglais fee, ou le français fief, venu du francique). Son : f. Nom : *fehu ; vieil anglais feoh, vieux norrois fé.

Poèmes runiques (nos traductions) : le poème anglo-saxon voit dans la richesse « un réconfort pour chacun », mais chacun doit la partager largement s’il veut obtenir la gloire devant le Seigneur. Le poème norvégien prend le contre-pied : « la richesse sème la discorde entre parents ; le loup grandit dans la forêt ». Le poème islandais va dans le même sens : « la richesse est discorde entre parents ».

Feoh byþ frōfur fira gehwylcum
Fé vældr frænda rógi; føðesk ulfr í skógi
Fé er frænda róg

Anglo-saxon, str. 1 · Norvégien, str. 1 · Islandais, str. 1

Inscription : la pierre disparue de Gummarp, dans le Blekinge (vers 560–700), portait « Haþuwulfar a placé trois bâtons : fff », qu’on comprend généralement comme trois runes f valant pour leur nom.

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : abondance, prospérité, réussite méritée ; le nom pris au pied de la lettre comme une prédiction.

ᚢ Uruz : aurochs (ou bruine)

Sens : l’aurochs, ancêtre sauvage des bovins domestiques, dans le poème anglo-saxon ; la bruine ou les scories dans les poèmes nordiques. Son : u. Nom : *uruz ; vieil anglais ūr, vieux norrois úr.

Poèmes runiques (nos traductions) : seul le poème anglo-saxon parle de l’animal : « l’aurochs est farouche, avec de grandes cornes », une bête très dangereuse qui se bat avec ses cornes. Le úr scandinave est un autre mot. Norvégien : « les scories viennent du mauvais fer », et le renne court souvent sur la neige durcie par le gel. Islandais : « la bruine, ce sont les pleurs des nuages », la ruine des andains de foin et la haine du berger.

Ūr byþ ānmōd ond oferhyrned
Úr er af illu jarne
Úr er skýja grátr

Anglo-saxon, str. 2 · Norvégien, str. 2 · Islandais, str. 2

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : force brute, santé, vitalité, sur la base de l’aurochs anglais ; la « bruine » et les « scories » nordiques sont passées sous silence.

ᚦ Thurisaz (Thurs, Thorn) : géant ou épine

Sens : géant dans les poèmes nordiques, épine dans le poème anglo-saxon. Son : þ, le « th » de l’anglais thin. Nom : *þurisaz, vieux norrois þurs, l’un des mots qui désignent les jötnar, les géants. L’anglais l’a rebaptisée þorn, « épine », et a gardé þ comme lettre pendant des siècles.

Poèmes runiques (nos traductions) : anglo-saxon : « l’épine est très acérée », mauvaise à saisir pour tout guerrier. Norvégien : « le géant cause la maladie des femmes », et peu se réjouissent du malheur. Islandais : « géant : tourment des femmes, habitant des falaises, époux de Varðrún », une géante.

Ðorn byþ ðearle scearp
Þurs vældr kvenna kvillu
Þurs er kvenna kvǫl ok kletta búi ok varðrúnar verr

Anglo-saxon, str. 3 · Norvégien, str. 3 · Islandais, str. 3

Dans l’Edda : dans le Skírnismál, strophe 36 (37 chez Bellows), « Je t’écris un charme, et trois runes avec lui », le « charme » est littéralement la rune þurs.

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : défense, conflit, « porte », souvent associée à Thor ; aucune source médiévale ne relie cette rune à Thor.

ᚨ Ansuz (Os) : un dieu, Odin

Sens : « un dieu, l’un des Ases » ; le poème islandais en fait Odin. Son : a. Nom : *ansuz ; vieil anglais ōs, vieux norrois óss. Le mot apparaît dans le nom Asugisalas, sur le fût de lance de Kragehul, au Danemark (DR 196, vers 450–500).

Poèmes runiques (nos traductions) : islandais : « dieu : l’antique Gautr, prince d’Ásgarðr, chef du Valhalla », c’est-à-dire clairement Odin. Norvégien : óss au sens d’« estuaire », où finissent la plupart des voyages, comme le fourreau pour les épées (str. 4 ; le texte a été corrigé par les éditeurs). Anglo-saxon : « os est l’origine de toute parole », un soutien de la sagesse, que Dickins comprenait comme le latin os, « bouche ».

Ōs byþ ordfruma ǣlcre sprǣce
Óss er aldingautr ok ásgarðs jǫfurr ok valhallar vísi

Anglo-saxon, str. 4 · Islandais, str. 4

Inscription : l’amulette de Lindholm, en Scanie (DR 261), aligne huit runes a, que certains lisent comme huit fois *ansuz.

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : communication, inspiration, « le souffle divin d’Odin » ; ce souffle n’a aucune source médiévale.

ᚱ Raidho : chevauchée, voyage

Sens : chevauchée, voyage. Son : r. Nom : *raidō, aussi écrit Raido ; vieil anglais rād, vieux norrois reið. La forme est proche d’un R latin.

Poèmes runiques (nos traductions) : le poème anglo-saxon est ironique : « chevaucher est facile pour tout guerrier, dans la grande salle », et rude pour celui qui parcourt les longues routes sur un cheval puissant. Cette scène de grande salle est anglaise, pas nordique. Norvégien : « chevaucher, dit-on, est ce qu’il y a de pire pour les chevaux ; Reginn a forgé la meilleure épée ». Islandais : « chevaucher fait le bonheur du cavalier », un voyage rapide et la peine du cheval.

Rād byþ on recyde rinca gehwylcum sēfte
Ræið kveða rossom væsta; Reginn sló sværðet bæzta
Reið er sitjandi sæla

Anglo-saxon, str. 5 · Norvégien, str. 5 · Islandais, str. 5

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : voyage, bon chemin, rythme ; « utangard », souvent ajouté, n’apparaît dans aucun des poèmes.

ᚲ Kenaz (Kaunan, Kano) : torche ou ulcère

Sens : discuté : « ulcère » dans les poèmes nordiques, « torche » dans le poème anglo-saxon. Son : k. Nom : les poèmes norvégien et islandais l’appellent kaun, « ulcère », et Looijenga donne *kaunan avec un point d’interrogation ; le poème anglo-saxon l’appelle cēn, « torche ». « Kenaz » suit la tradition anglaise ; « Kano » est une graphie des jeux de runes modernes.

Poèmes runiques (nos traductions) : anglo-saxon : « la torche est connue de tout être vivant par son feu », pâle et brillante. Norvégien : « l’ulcère est la malédiction des enfants ; la mort fait pâlir le cadavre ». Islandais : « l’ulcère est le fléau des enfants », une plaie douloureuse. Deux poèmes contre un : on ne peut pas écarter si facilement l’ulcère comme une erreur tardive.

Cēn byþ cwicera gehwām cūþ on fȳre
Kaun er barna bǫlvan; bǫl gørver nán fǫlvan
Kaun er barna bǫl

Anglo-saxon, str. 6 · Norvégien, str. 6 · Islandais, str. 6

Forme : un petit angle, comme <, dans les inscriptions les plus anciennes ; les formes anglaises et scandinaves divergent à partir du VIe siècle.

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : connaissance, créativité, illumination, le tout tiré de la torche anglaise.

ᚷ Gebo : don

Sens : don. Son : g. Nom : *gebō ; vieil anglais gyfu. Sa forme en X se combine facilement : le fût de lance de Kragehul écrit trois fois g et a en une seule rune liée.

Poème runique (notre traduction) : anglo-saxon seulement : « le don fait l’honneur et la louange des hommes », et pour tout exclu qui n’a rien d’autre, c’est un secours et de quoi vivre.

Gyfu gumena byþ gleng and herenys

Anglo-saxon, str. 7

Inscription : une bractéate d’or du Seeland (Seeland II-C) porte gibu auja, « je donne la chance » ou « la protection » : un vœu écrit en toutes lettres, pas caché dans une seule rune.

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : partenariat, échange, amour ; le X vu comme « deux forces qui se croisent » relève du symbolisme moderne.

ᚹ Wunjo : joie

Sens : joie. Son : w. Nom : *wunjō ; vieil anglais wynn. Le proto-norrois a perdu le w initial (unja), l’une des raisons pour lesquelles la rune a quitté la rangée scandinave ; en Angleterre, sous le nom de wynn, elle est même entrée dans l’alphabet ordinaire. Looijenga suggère que ᚹ et ᛈ ont tous deux été créés comme des variantes de ᛒ.

Poème runique (notre traduction) : anglo-saxon seulement : « la joie est pour celui qui connaît peu le malheur », la douleur ou le chagrin, et qui a la prospérité, le bonheur et une demeure suffisante.

Wenne brūceþ ðe can wēana lȳt

Anglo-saxon, str. 8

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : joie, harmonie, vœux exaucés ; le modeste bonheur domestique du poème, élevé au rang spirituel.

La deuxième ætt (l’ætt de Hagall) : de Hagalaz à Sowilo

ᚺ Hagalaz : grêle

Sens : grêle. Son : h. Nom : *haglaz ; vieil anglais hægl, vieux norrois hagall. Forme : un H à une seule barre oblique en Scandinavie ; la forme à double barre ᚻ se trouve sur le Continent, en Frise et en Angleterre, jamais en Scandinavie.

Poèmes runiques (nos traductions) : anglo-saxon : « la grêle est le plus blanc des grains » ; elle tombe du ciel en tourbillons, puis se change en eau. Norvégien : « la grêle est le plus froid des grains ; le Christ a façonné le monde autrefois ». Islandais : « grêle : grain froid, averse de neige fondue, maladie des serpents ». La maladie des serpents, kenning de l’hiver, n’existe que dans le poème islandais.

Hægl byþ hwītust corna
Hagall er kaldastr korna; Kristr skóp hæimenn forna
Hagall er kaldakorn ok krapadrífa ok snáka sótt

Anglo-saxon, str. 9 · Norvégien, str. 7 · Islandais, str. 7

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : bouleversement soudain qui ouvre la voie au changement.

ᚾ Naudiz (Nauthiz) : besoin, contrainte

Sens : besoin, détresse. Son : n. Nom : *naudiz, aussi écrit Nauthiz ou Naudhiz ; vieil anglais nȳd, vieux norrois nauðr.

Poèmes runiques (nos traductions) : anglo-saxon : « le besoin serre la poitrine », mais il se change souvent en aide et en guérison pour qui y prend garde à temps. Norvégien : « le besoin laisse peu de choix ; l’homme nu grelotte dans le gel ». Islandais : « le besoin est le chagrin de la servante et un sort pénible », et un travail harassant.

Nȳd byþ nearu on brēostan
Nauðr gerer næppa koste; nøktan kælr í froste
Nauð er Þýjar þrá ok þungr kostr

Anglo-saxon, str. 10 · Norvégien, str. 8 · Islandais, str. 8

Autres sources : le Sigrdrífumál, strophe 7, « Sur tes ongles, tu marqueras Besoin », cite la rune par son nom ; Looijenga rapproche prudemment les trois runes n de l’amulette de Lindholm des « besoins » invoqués dans des charmes plus tardifs.

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : épreuve, patience, résistance ; l’explication de la forme par un « foret à feu » n’a aucun appui médiéval.

ᛁ Isa : glace

Sens : glace. Son : i. Nom : *īsaz, aussi écrit Isaz ; vieil anglais īs, vieux norrois íss. La forme est un simple trait vertical.

Poèmes runiques (nos traductions) : anglo-saxon : « la glace est très froide, infiniment glissante » ; elle scintille, claire comme le verre, pareille à des joyaux, sol façonné par le gel, belle à voir. Norvégien : « la glace, nous l’appelons un large pont ; l’aveugle a besoin qu’on le guide ». Islandais : « la glace est l’écorce des rivières et le toit de la vague », et un danger pour les hommes promis à la mort.

Īs byþ oferceald, ungemetum slidor
Ís kǫllum brú bræiða; blindan þarf at læiða
Íss er árbǫrkr ok unnar þak

Anglo-saxon, str. 11 · Norvégien, str. 9 · Islandais, str. 9

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : immobilité, pause, situation figée ; les poèmes décrivent de la vraie glace.

ᛃ Jera : année, récolte

Sens : année, bonne récolte. Son : j (le son y de « yeux »). Nom : *jāran (plus anciennement *jēra) ; vieil anglais gēr, vieux norrois ár. Quand le scandinave a perdu le j initial, le nom est devenu ár et la rune a pris la valeur a.

Poèmes runiques (nos traductions) : anglo-saxon : « la récolte est l’espoir des hommes, quand Dieu, saint roi du ciel, laisse la terre donner ses fruits éclatants » aux riches comme aux pauvres ; celui qui donne est Dieu, pas un roi. Norvégien : « l’abondance est un bienfait pour les hommes ; je dis que Fróði était généreux », souvenir du légendaire roi danois de la paix.

Gēr byþ gumena hiht, ðonne God lǣteþ, hālig heofones cyning, hrūsan syllan beorhte blēda
Ár er gumna góðe; get ek at ǫrr var Fróðe

Anglo-saxon, str. 12 · Norvégien, str. 10

Inscription : sur la pierre de Stentoften (DR 357), une rune j isolée vaut pour son propre nom : Haþuwulfar « a donné une bonne année ». Looijenga y voit « au moins un cas clair » de rune employée comme logogramme, un signe qui vaut pour un mot entier.

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : cycles, récompense de la patience, « le temps tourne en cercle » ; cette philosophie du temps n’est pas dans les sources.

ᛇ Eihwaz (Eiwaz) : if

Sens : if. Son : incertain, noté ï. Nom : *īwaz ou *eihwaz, aussi écrit Eiwaz ou Ihwaz ; vieil anglais ēoh. C’est la 13e rune sur 24, pas celle du milieu.

Poème runique (notre traduction) : anglo-saxon : « l’if est un arbre rugueux au-dehors », dur, bien ancré dans la terre, gardien du feu et joie du domaine. Les poèmes nordiques placent leur if sous une autre rune (voir Algiz).

Ēoh byþ ūtan unsmēþe trēow

Anglo-saxon, str. 13

L’énigme du son : Looijenga trouve la rune employée pour une voyelle, comme dans raïhan, « chevreuil », sur un os de Caistor-by-Norwich, en Angleterre (vers 425–475), et suggère qu’elle est née d’une combinaison de i et de j.

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : endurance, mort et renaissance, Yggdrasil comme « axe entre les mondes ». Dans les sources, Yggdrasil est un frêne (Völuspá 19), pas un if.

ᛈ Perthro (Perth) : sens inconnu

Sens : inconnu ; un pion de jeu ou un cornet à dés sont des hypothèses tirées d’une seule strophe anglo-saxonne. Son : p, rare en germanique ancien, et donc rare dans les inscriptions. Nom : vieil anglais peorð, un mot connu uniquement comme nom de cette rune ; Looijenga donne *perō avec un point d’interrogation. Aussi écrit Perth ou Pertho.

Poème runique (notre traduction) : le Futhark récent n’a pas de rune p, et aucun poème nordique n’en parle donc. Anglo-saxon : « peorð est toujours jeu et rire » pour les fiers, là où les guerriers sont assis gaiement ensemble dans la salle à bière. Dickins traduisait le nom par « pièce d’échecs ? » et prévenait qu’« on ne peut accorder aucun poids à aucun des sens proposés ».

Peorð byþ symble plega and hlehter

Anglo-saxon, str. 14

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : destin, hasard, mystère, la « toile du wyrd ». Le tissage comme image du destin est moderne, comme l’explique notre guide sur les Nornes.

ᛉ Algiz (Elhaz) : élan ou laîche (sens discuté)

Sens : discuté ; « élan » est une supposition, et le nom anglo-saxon renvoie à une laîche. Son : un z placé le plus souvent en fin de mot, comme dans raunijaz et erilaz, devenu plus tard R. Nom : inconnu ; *algiz est une reconstruction, aussi écrite Elhaz ; vieil anglais eolh, et ýr pour la forme nordique plus tardive.

Poèmes runiques (nos traductions) : la strophe anglo-saxonne parle d’une plante : « la laîche-élan vit le plus souvent dans le marais » ; elle pousse dans l’eau et blesse cruellement. Dickins en concluait qu’il s’agissait d’« un jonc, espèce inconnue ». Les strophes nordiques de ýr décrivent un if (norvégien : « l’if est en hiver le plus vert des arbres ») et un arc (islandais : « un arc bandé »).

Eolh-secg eard hæfþ oftust on fenne
Ýr er vetrgrønstr viða
… bendr bogi …

Anglo-saxon, str. 15 · Norvégien, str. 16 · Islandais, str. 16

Forme : une hampe aux deux bras levés ; à partir du VIe siècle, les graveurs scandinaves la retournent souvent, et cette forme devient la rune récente ýr. Looijenga relève la même forme pour z en étrusque et dans certains alphabets nord-italiques.

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : protection, ramure, main levée pour repousser le mal ; aucune source ancienne ne la dit protectrice. Les nazis ont utilisé cette forme comme « rune de vie », et l’ADL (Anti-Defamation League) la range parmi les symboles courants du suprémacisme blanc, tout en notant son usage par les néopaïens.

ᛊ Sowilo (Sowelu) : soleil

Sens : soleil. Son : s. Nom : *sōwilō, aussi écrit Sowelu ; vieil anglais sigel, vieux norrois sól. La forme est un zigzag, aux nombreuses variantes.

Poèmes runiques (nos traductions) : anglo-saxon : « le soleil est toujours un espoir pour les marins » quand ils traversent le bain des poissons, jusqu’à ce que le coursier de la mer les ramène à terre. Norvégien : « le soleil est la lumière des terres ; je m’incline devant le saint jugement ». Islandais : « soleil : bouclier des nuages et disque resplendissant », et fléau de la glace. Aucun ne mentionne le loup qui poursuit le soleil jusqu’au Ragnarök.

Sigel sǣmannum symble biþ on hihte
Sól er landa ljóme; lúti ek helgum dóme
Sól er skýja skjǫldr ok skínandi rǫðull

Anglo-saxon, str. 16 · Norvégien, str. 11 · Islandais, str. 11

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : réussite, vitalité, plénitude. L’emblème de la SS dérive de cette rune ; l’ADL note que les « éclairs SS » restent en usage chez les néonazis.

La troisième ætt (l’ætt de Týr) : de Tiwaz à Othala

ᛏ Tiwaz (Tyr) : le dieu Týr

Sens : le dieu Týr. Son : t. Nom : *tīwaz, aussi écrit Teiwaz ; vieil anglais tīr (le dieu s’appelle Tīw, d’où l’anglais Tuesday, « mardi »), vieux norrois týr. La forme est une flèche pointée vers le haut.

Poèmes runiques (nos traductions) : les poèmes nordiques se souviennent de la main arrachée d’un coup de dents par Fenrir. Norvégien : « Týr est le manchot des Ases ; souvent le forgeron doit souffler ». Islandais : « Týr : le dieu manchot, les restes du loup, le maître des temples ». L’étoile qui guide vient du poème anglo-saxon : « Tir est l’un des signes » ; il garde sa foi envers les princes, tient son cap au-dessus des brumes de la nuit et ne faillit jamais : sans doute une étoile ou une constellation. Dickins soupçonnait que Tir était une mauvaise lecture de Tiw.

Tīr biþ tācna sum
Týr er æinendr ása; opt værðr smiðr blása
Týr er einhendr áss ok ulfs leifar ok hofa hilmir

Anglo-saxon, str. 17 · Norvégien, str. 12 · Islandais, str. 12

Autres sources : le Sigrdrífumál, strophe 6, associe la rune aux armes : des « runes de victoire » sur la poignée de l’épée, « et deux fois tu invoqueras Tyr ».

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : justice, honneur, victoire. L’ADL signale un emblème à la rune de Tyr pour les écoles de cadres de la SA nazie, et son usage persistant chez les suprémacistes blancs, tout en mettant en garde contre l’idée que tout usage serait raciste.

ᛒ Berkano (Berkana) : bouleau

Sens : bouleau. Son : b. Nom : *berkanan, aussi écrit Berkana ; vieil anglais beorc, vieux norrois bjarkan. La forme ressemble à un B latin.

Poèmes runiques (nos traductions) : islandais : « le bouleau est une branche feuillue et un petit arbre », un jeune bois ; aucun poème ne parle de « cime argentée ». Norvégien : « le bouleau a les feuilles les plus vertes de toutes les branches ; Loki a eu de la chance dans sa tromperie », ce que Dickins lisait comme une allusion au rôle de Loki dans la mort de Baldr. L’arbre anglo-saxon est blēda lēas, « sans fruits », mais il pousse des rejets sans graine (str. 18), ce qui, selon Dickins, convenait au peuplier.

Bjarkan er laufgrønstr líma; Loki bar flærða tíma
Bjarkan er laufgat lim ok lítit tré

Norvégien, str. 13 · Islandais, str. 13

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : croissance, renouveau, maternité, la « déesse du bouleau » ; aucune déesse de ce genre n’apparaît dans les sources nordiques.

ᛖ Ehwaz : cheval

Sens : cheval. Son : e. Nom : *ehwaz, apparenté au latin equus ; vieil anglais eh. En Scandinavie, le mot est devenu jór et la rune a disparu. La forme ressemble à un M.

Poème runique (notre traduction) : anglo-saxon seulement : « le cheval est une joie pour les princes, devant les guerriers », un coursier fier de ses sabots, quand des hommes riches, à cheval, échangent des paroles à son sujet. Les cavaliers échangent des mots (wrixlaþ sprǣce), pas des chevaux.

Eh byþ for eorlum æþelinga wyn

Anglo-saxon, str. 19

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : partenariat, confiance, mouvement ; le lien entre le cheval et son cavalier est un développement moderne.

ᛗ Mannaz : homme, être humain

Sens : homme, être humain. Son : m. Nom : *mannaz ; vieil anglais man, vieux norrois maðr.

Poèmes runiques (nos traductions) : anglo-saxon : « l’homme dans sa joie est cher à ses proches », mais chacun devra faire défaut à l’autre, car le Seigneur rendra à la terre la pauvre chair. Norvégien : « l’homme est un accroissement de la poussière ; grande est la serre du faucon ». Islandais : « homme : joie de l’homme, accroissement de la terre, ornement des navires ». Dickins note que maðr er manns gaman est emprunté au Hávamál, strophe 47.

Man byþ on myrgþe his māgan lēof
Maðr er moldar auki; mikil er græip á hauki
Maðr er manns gaman ok moldar auki ok skipa skreytir

Anglo-saxon, str. 20 · Norvégien, str. 14 · Islandais, str. 14

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : le soi, l’humanité, l’interdépendance ; la condition mortelle, qui domine les trois poèmes, disparaît.

ᛚ Laguz : eau, mer (ou poireau)

Sens : eau, mer, dans les trois poèmes. Son : l. Nom : *laguz ; vieil anglais lagu, vieux norrois lǫgr. Looijenga note que certains futharks de manuscrits donnent des noms qui renvoient à *laukaz, « poireau », un mot de formule présent sur plusieurs bractéates.

Poèmes runiques (nos traductions) : anglo-saxon : « la mer semble sans fin aux hommes » qui doivent s’aventurer sur un navire qui tangue, tandis que les vagues les terrifient. Norvégien : « une cascade est une eau qui tombe de la montagne », mais les parures sont d’or. Islandais : « eau : courant qui bouillonne, vaste chaudron, terre des poissons ».

Lagu byþ lēodum langsum geþūht
Lǫgr er, fællr ór fjalle, foss
Lǫgr er vellanda vatn ok víðr ketill ok glǫmmungr grund

Anglo-saxon, str. 21 · Norvégien, str. 15 · Islandais, str. 15

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : intuition, émotion, inconscient ; l’inconscient est une idée du XXe siècle.

ᛜ Ingwaz (Inguz) : le dieu Ing

Sens : le dieu ou héros Ing. Son : ŋ, le « ng » de l’anglais sing. Nom : *ingwaz, aussi écrit Inguz ; vieil anglais ing. Forme : un petit carré ou un losange. Looijenga note que cette forme isolée n’apparaît que dans les futharks de Kylver et de Vadstena ; dans les vrais mots, le son s’écrit avec un signe plus haut, posé sur une hampe, qu’elle lit comme une rune liée de i et de ŋ.

Poème runique (notre traduction) : anglo-saxon seulement : « Ing fut d’abord vu des hommes chez les Danois de l’Est », jusqu’à ce qu’il reparte vers l’est par-delà les vagues, son chariot courant derrière lui ; ainsi les Heardings nommèrent-ils le héros. Dickins rapprochait Ing du dieu suédois Yngvi-Freyr ; ce rapprochement est largement admis, mais le poème ne nomme pas Freyr. Freyr est le frère de Freyja, pas son jumeau.

Ing wæs ǣrest mid Ēast-Denum gesewen secgun

Anglo-saxon, str. 22

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : fertilité, gestation, accomplissement.

ᛞ Dagaz : jour

Sens : jour. Son : d. Nom : *dagaz ; vieil anglais dæg. Forme : deux triangles qui se rejoignent par la pointe ; Looijenga fait dériver ᛞ et ᛜ du D romain. C’est la dernière rune à Kylver, mais l’avant-dernière sur les bractéates de Vadstena et de Grumpan.

Poème runique (notre traduction) : anglo-saxon seulement : « le jour est le messager du Seigneur, cher aux hommes, glorieuse lumière du Créateur », une joie et un espoir pour les riches comme pour les pauvres.

Dæg byþ drihtnes sond, dēore mannum, mǣre metodes lēoht

Anglo-saxon, str. 24

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : percée, éveil, « deux forces en équilibre » qu’on lit dans la forme.

ᛟ Othala (Odal, Othila) : terre héritée, domaine

Sens : terre héritée, domaine. Son : o. Nom : *ōþalan, aussi écrit Othalan, Othila ou Odal ; vieil anglais ēþel. La forme est un losange sur deux jambes.

Poème runique (notre traduction) : anglo-saxon seulement : « la terre natale est très chère à chacun », s’il peut y jouir, dans sa propre maison, de ce qui est juste et convenable, dans la prospérité. Il s’agit d’un foyer paisible, pas de lignées. Comme les plus anciens futharks ne s’accordent pas sur la dernière rune, Othala ou Dagaz, les lectures du futhark comme un voyage qui « s’achève » sur l’héritage reposent sur un ordre parmi plusieurs.

Ēþel byþ oferlēof ǣghwylcum men

Anglo-saxon, str. 23

Sens divinatoire moderne (sans origine nordique) : patrimoine, foyer, ascendance. Mise en garde : selon l’ADL, Othala figurait sur les insignes de deux divisions de la Waffen-SS et sert depuis de symbole aux suprémacistes blancs ; l’ADL note aussi son usage innocent par des païens : c’est le contexte qui tranche.

Comment Odin a découvert les runes : ce que dit le Hávamál

Le mythe vient du Hávamál, « les Dits du Très-Haut », dans le manuscrit du Codex Regius, vers 1270. Dans le passage qu’on appelle souvent le Rúnatal (strophes 138–145 ; 139–146 chez Bellows), Odin raconte comment il a conquis les runes :

« Je sais que je fus pendu à l’arbre battu des vents,
Pendu là neuf nuits entières ;
Blessé par la lance, j’y fus offert
À Odin, moi-même à moi-même,
Sur l’arbre dont nul ne saura jamais
Quelle racine court sous lui. »

Hávamál, strophe 138 (139 chez Bellows), traduit d’après la version anglaise de Henry Adams Bellows (1923)

Puis : « Je pris les runes, je les pris en hurlant, / Et aussitôt je retombai » (139 ; Bellows 140). Le poème ne nomme pas l’arbre et ne dit pas à qui était la lance, et les runes ne « se révèlent » pas : Odin regarde vers le bas et les ramasse. Identifier l’arbre battu des vents à Yggdrasil est une déduction naturelle, faite par Bellows dans ses notes, mais la strophe ne donne aucun nom.

Vient ensuite une liste distincte, le Ljóðatal (146–163 ; 147–165 chez Bellows), où Odin énumère dix-huit charmes (ljóð) : pour guérir, pour émousser la lame d’un ennemi, pour apaiser la mer. Seul le douzième fait explicitement appel aux runes, pour faire parler un pendu : « J’écris et je colore les runes / Si bien qu’il s’avance / Et me parle » (157 ; Bellows 158). Le Hávamál ne donne jamais de sens à une rune en particulier. Un autre poème eddique, le Sigrdrífumál, en nomme deux : graver des « runes de victoire » sur la poignée de l’épée, « et deux fois tu invoqueras Tyr » (6), et « Sur tes ongles, tu marqueras Besoin » (7).

À quoi servaient vraiment les runes : écriture, monuments funéraires et magie

La plupart des inscriptions en Futhark ancien sont courtes et pratiques : un nom sur un peigne, le nom d’une arme, une formule de fabricant comme celle de la corne d’or disparue de Gallehus, au Danemark, ek hlewagastiz holtijaz horna tawido, « Moi, Hlewagastiz Holtijaz, j’ai fait la corne » (DR 12, vers 400–470). Les textes plus longs honorent les morts. La pierre de Tune, en Norvège (N KJ72, vers 375–530), dressée pour Woduridaz, dit que « trois filles » ont fait quelque chose de l’arbija, l’héritage ; Rundata propose deux lectures : elles ont préparé le monument, ou elles se sont partagé l’héritage. Notre guide sur les rites funéraires vikings s’intéresse à ces pierres.

Certaines inscriptions sont rituelles ou protectrices, et elles le disent en toutes lettres. Les bractéates d’or, des pendentifs imités des médaillons romains, portent des formules comme alu (littéralement « bière », sa fonction est discutée) et gibu auja, « je donne la chance ». La pierre de Björketorp, dans le Blekinge (DR 360, vers 520–700), maudit quiconque la brisera : dans la traduction de Rundata, le graveur y cache des « runes de puissance », et le vandale est voué à une « mort insidieuse ». Le aaaaaaaazzznnn-bmuttt de l’amulette de Lindholm répète des runes selon un schéma que personne n’a lu de façon convaincante. La prudence de Looijenga est la bonne : il est « impossible d’identifier sans le moindre doute » les textes anciens qui étaient religieux.

Dans la Saga d’Egill (chapitre 72 ; 75 dans la traduction anglaise de W. C. Green, 1893), Egill trouve un os de baleine portant des runes d’amour mal gravées, qui ont rendu une jeune fille malade ; il le brûle et dit : « Nul ne doit graver de runes / S’il ne sait les lire », puis grave de nouvelles runes, et elle guérit. C’est une saga du XIIIe siècle, pas un manuel. Tacite (La Germanie, 10, en 98 apr. J.-C.) décrit un tirage au sort : des baguettes coupées dans une branche d’arbre fruitier, « distinguées par certaines marques », jetées sur une étoffe blanche et lues par un prêtre ou par le chef de famille. Il écrivait des décennies avant les plus anciennes runes datées, et il ne dit pas que ces marques étaient des runes.

Runes liées : ligatures anciennes et sigils modernes

Une rune liée (ou bindrune) réunit deux runes ou plus sur une hampe commune. Elles sont réellement anciennes : le fût de lance de Kragehul écrit trois fois g+a en un seul signe, et la pierre de Tune lie d et a. Dans ces textes, les combinaisons font gagner de la place ou servent d’ornement, et leur but doit se lire inscription par inscription. Fusionner des runes choisies pour leurs mots-clés divinatoires en un talisman personnel n’a aucun précédent historique : c’est de l’art contemporain, et il faut le présenter comme tel. La rune liée moderne la plus célèbre est un logo : le Bluetooth Special Interest Group explique que son symbole fusionne les runes Hagall (ᚼ) et Bjarkan (ᛒ) du Futhark récent, initiales du roi danois Harald à la Dent bleue. Notre index des symboles et de leurs preuves soumet d’autres signes « vikings » au même examen.

Écrire son nom en runes du Futhark ancien

Il n’existe aucune orthographe historique du français ou de l’anglais modernes en runes du Futhark ancien : cette écriture n’était plus en usage depuis longtemps quand ces langues ont pris leur forme actuelle, et les Anglo-Saxons eux-mêmes utilisaient une rangée élargie, le futhorc. Écrire un nom en runes est une translittération moderne, qui suit les sons et non l’orthographe :

  • une rune par son : ᚦ pour le th anglais, ᛜ pour ng, ᛃ pour le son y de « yeux » ;
  • pas de rune pour c, q, v ou x : ᚲ pour k et pour le c dur (« cave »), ᛊ pour le c doux (« ceci »), ᚲᚹ pour qu prononcé « kw », ᚲᛊ pour x, et ᚠ ou ᚹ pour v ;
  • les premiers graveurs écrivaient souvent une seule fois les consonnes doubles : ᚨᚾᚨ pour « Anna » est donc plus proche de leurs habitudes que ᚨᚾᚾᚨ.

Avant de graver un texte ou de vous le faire tatouer, vérifiez-le rune par rune avec le tableau : beaucoup de convertisseurs en ligne mélangent des formes du Futhark ancien et du Futhark récent. Les motifs populaires s’appuient sur la rangée la plus ancienne : notre étude sur les tatouages de symboles vikings a montré que les lecteurs de Wikipédia en anglais consultent la page du Futhark ancien 2,2 fois plus souvent que celle du Futhark récent.

Sens modernes des runes, divination et rune blanche « d’Odin »

Les significations en un mot qu’on trouve sur la plupart des sites appartiennent à une tradition moderne, dont on peut retracer l’histoire. L’une des premières sources est l’occultiste autrichien Guido von List, dont Das Geheimnis der Runen (1907 selon la Neue Deutsche Biographie, souvent daté de 1908) présentait une rangée de 18 runes construite sur le Futhark récent, appelée plus tard futhark Armanen. La Neue Deutsche Biographie décrit List comme un représentant influent du néopaganisme völkisch, qui enseignait la supériorité de la « race aryenne ».

Le tirage des runes est devenu un passe-temps populaire dans les années 1980. The Book of Runes de Ralph Blum (paru en 1982) était vendu en coffret ; les catalogues de bibliothèques le décrivent comme accompagné de 25 pierres runiques : les 24 runes plus une pierre vierge. Blum lui-même qualifie la rune blanche d’« innovation plus tardive » : de son propre aveu, elle accompagnait un jeu fait main et deux feuilles photocopiées de significations, acquis en Angleterre en 1976. Son livre l’intitule « The Unknowable » (l’Inconnaissable) et l’associe au dieu Odin, et les jeux de runes la vendent aujourd’hui comme « rune d’Odin » ou « rune du wyrd ». Elle n’existe dans aucune rangée runique historique : Kylver et les bractéates en montrent 24. Stephen Flowers, sous le nom d’Edred Thorsson, a publié Futhark: A Handbook of Rune Magic en 1984, et bien des manuels plus récents s’appuient sur ces auteurs. Les sens inversés relèvent de la même pratique moderne ; rien dans les poèmes ni dans les inscriptions ne les justifie.

Rien de tout cela ne rend illégitime la pratique moderne des runes comme choix personnel ou religieux. Cela veut dire qu’il faut présenter chaque sens pour ce qu’il est : « richesse » pour Fehu est un nom attesté dans des poèmes médiévaux ; « l’abondance qui afflue vers vous » est une lecture du XXe siècle.

Dans les sources / Mythe moderne

Dans les sources : 24 runes dans un ordre fixe (Kylver, Vadstena, Grumpan) ; des noms et des gloses dans trois poèmes runiques médiévaux ; Odin qui conquiert les runes (Hávamál 138–139) ; des runes nommées dans des charmes (Sigrdrífumál 6–7) ; des formules de protection et de malédiction écrites en toutes lettres sur des bractéates et des pierres. Moderne : la rune blanche « d’Odin » ; les sens inversés ; un mot-clé par rune ; l’ætt de Heimdall ; les sigils personnels en runes liées ; les 18 runes Armanen.

Pour aller plus loin

Des runes aux mythes

Suivez la main de Týr jusqu’à Fenrir, la rune þurs jusqu’aux jötnar, et l’arbre battu des vents d’Odin jusqu’à Yggdrasil. Pour les signes qui appartiennent vraiment à l’âge viking, commencez par l’index des preuves.

L’auteur écrit aussi des chansons modernes inspirées de ces sources, dont Syng rúnar.

Questions fréquentes

Quelles sont les 24 runes du Futhark ancien ?

Dans l’ordre, avec le sens de chaque nom : Fehu (bétail, richesse), Uruz (aurochs), Thurisaz (géant ; épine en vieil anglais), Ansuz (un dieu), Raidho (chevauchée), Kenaz (torche ou ulcère), Gebo (don), Wunjo (joie) ; Hagalaz (grêle), Naudiz (besoin), Isa (glace), Jera (année, récolte), Eihwaz (if), Perthro (inconnu), Algiz (incertain, peut-être élan), Sowilo (soleil) ; Tiwaz (le dieu Týr), Berkano (bouleau), Ehwaz (cheval), Mannaz (être humain), Laguz (eau), Ingwaz (le dieu Ing), Dagaz (jour), Othala (terre héritée). Les noms sont reconstitués, et l’ordre varie légèrement d’un futhark ancien à l’autre.

Que signifie futhark ?

Futhark est un nom moderne formé sur les sons des six premières runes, f, u, th, a, r et k, de la même façon qu’alphabet vient d’alpha et de bêta. Les anglophones le prononcent généralement « FOO-thark ». La version anglaise de la rangée s’appelle le futhorc.

Quel âge a le Futhark ancien ?

La plus ancienne inscription datée avec certitude, harja, sur un peigne de Vimose, au Danemark, remonte à 160 apr. J.-C. environ, et la pierre de Svingerud, en Norvège, pourrait être plus ancienne. Le Futhark ancien a été utilisé jusque vers 650 ; après une transition visible sur les pierres du Blekinge (de 520 à 700 environ), le Futhark récent s’impose au début du VIIIe siècle.

Quelle différence entre le Futhark ancien et le Futhark récent ?

Le Futhark ancien compte 24 runes et a été utilisé d’environ 150 à 650 apr. J.-C. Le Futhark récent en compte 16 : c’était l’écriture scandinave de l’âge viking. Il a abandonné Gebo, Wunjo, Eihwaz, Perthro, Ehwaz, Ingwaz, Dagaz et Othala, et chaque rune restante notait plusieurs sons : k servait aussi pour g, t pour d, b pour p.

Les Vikings utilisaient-ils le Futhark ancien ?

Non. Les Scandinaves de l’âge viking, d’environ 750 à 1050, écrivaient avec le Futhark récent à 16 runes, issu de la rangée ancienne alors que celle-ci était déjà sortie de l’usage.

D’où vient la signification des runes ?

Des noms des runes, consignés dans des manuscrits médiévaux, avant tout dans trois poèmes runiques : le poème anglo-saxon, qui couvre les 24 runes, et les poèmes norvégien et islandais, qui couvrent les 16 runes du Futhark récent. Les noms germaniques anciens sont reconstitués à partir de ces noms tardifs. Les significations en un mot utilisées en divination sont modernes.

Quelle rune signifie la protection ?

Dans la pratique moderne, Algiz (aussi écrit Elhaz), la rune aux deux bras levés. Ce sens est moderne : le nom d’origine de la rune est inconnu, et le poème anglo-saxon décrit une laîche. Les anciens vœux de protection s’écrivaient en toutes lettres, comme gibu auja, « je donne la chance », sur un pendentif en or. Les nazis ont utilisé la même forme comme « rune de vie » : le contexte compte.

Comment écrire son nom en runes du Futhark ancien ?

D’après les sons, une rune par son : ᚦ pour le th anglais, ᛜ pour ng, ᚲ pour k et le c dur, ᚲᛊ pour x. Toute version est une translittération moderne. Vérifiez-la rune par rune, car beaucoup de convertisseurs en ligne mélangent des formes du Futhark ancien et du Futhark récent.

Qu’est-ce que la rune blanche, ou rune d’Odin ?

Une pierre vierge ajoutée aux jeux de runes modernes, popularisée par The Book of Runes de Ralph Blum (paru en 1982). Blum la présente comme une innovation plus tardive, venue avec un jeu qu’il s’était procuré en Angleterre en 1976 ; il l’intitule The Unknowable (l’Inconnaissable) et l’associe à Odin. Aucune rangée runique historique ne comporte de rune blanche.

Les runes servaient-elles à la magie ?

Parfois, mais elles étaient d’abord une écriture. La plupart des inscriptions anciennes sont des noms, des formules de fabricant et des inscriptions commémoratives. Certaines portent des formules rituelles ou de protection, comme gibu auja, « je donne la chance », et la pierre de Björketorp maudit quiconque la brisera. Chaque cas doit être jugé d’après son propre texte.

Les runes sont-elles celtes ?

Non. Les runes sont une écriture germanique, utilisée en Scandinavie, en Allemagne, en Frise et en Angleterre. L’écriture de l’Irlande ancienne était l’ogham, un tout autre système. Les jeux de runes « celtiques » vendus aujourd’hui sont des produits modernes.

Sources et notes de la rédaction

Ce guide a été réécrit et vérifié en octobre 2026. Il distingue ce que montrent les inscriptions, ce que disent les poèmes runiques médiévaux et ce que les auteurs modernes y ont ajouté.

  • Poèmes runiques : Bruce Dickins, Runic and Heroic Poems of the Old Teutonic Peoples (Cambridge, 1915), p. 6–33, pour les textes en vieil anglais et en vieux norrois et leurs notes ; les traductions de cette page sont les nôtres.
  • Inscriptions : Rundata : G 88, Ög 178, Vg 207, DR 12, DR 196, DR 207, DR 261, DR 357, DR 358, DR 360, N KJ31, N KJ63, N KJ72, avec les datations d’après Imer (2007) ; Tineke Looijenga, Texts and Contexts of the Oldest Runic Inscriptions (Brill, 2003) ; la page « The first runes » du Musée d’histoire de Suède et sa notice de la pierre de Kylver ; Steinar Solheim, Kristel Zilmer et al., « Inscribed sandstone fragments of Hole, Norway », Antiquity 99 (2025), sur la pierre de Svingerud.
  • Textes : Hávamál, Sigrdrífumál, Skírnismál et Völuspá, dans la traduction anglaise de Henry Adams Bellows (1923), avec le vieux norrois de l’édition bilingue gratuite d’Edward Pettit, The Poetic Edda: A Dual-Language Edition (2023) ; Egils saga, traduction anglaise de W. C. Green (1893) ; Tacite, Germania 10 (traduction d’Oxford, révisée) ; Cleasby et Vigfússon, An Icelandic-English Dictionary (1874), s.v. hagall.
  • Réception moderne : Robert Suckro, « List, Guido », NDB-online (2026) ; les notices de l’ADL sur Othala, la rune de vie, la rune de Tyr et les éclairs SS ; le Bluetooth SIG sur son logo ; Ralph Blum, The Book of Runes (1982 ; vérifié dans l’édition londonienne de 1985), introduction et notice de la rune blanche.
  • Pour aller plus loin : R. I. Page, Runes (1987) ; Michael P. Barnes, Runes: A Handbook (2012) ; Terje Spurkland, Norwegian Runes and Runic Inscriptions (2005). Ces ouvrages sont en anglais.

Les photographies montrent des objets réels et sont créditées là où elles apparaissent. Les images générées utilisées dans des versions antérieures de ce guide, dont une imitation de manuscrit, ont été retirées.

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Belgian independent researcher and composer. Writes every guide on this site from the primary sources, and says so when the evidence runs out.

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