Navires vikings : langskips, knarrs et navires des tombes
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- Les navires vikings en bref
- Qu’est-ce qu’un navire viking ?
- Les types de navires vikings et leurs noms en vieux norrois
- Navires-dragons : les navires vikings avaient-ils des têtes de dragon ?
- Comment construisait-on les navires vikings ?
- Taille et vitesse des navires vikings : les principales découvertes comparées
- Les grandes découvertes de navires vikings, et où les voir en 2026
- Les tombes à navire vikings : Oseberg, Gokstad, Ladby et Salme
- Comment les Vikings naviguaient-ils ?
- Les navires de la mythologie nordique : Skíðblaðnir, Naglfar et Hringhorni
- Navires des pierres historiées et navires de pierres
- Les mythes sur les navires vikings : boucliers, dragons et la série Vikings
- Questions fréquentes
- Sources et notes de la rédaction
Les navires vikings étaient des bateaux de bois bordés à clin : des virures de chêne ou de pin qui se chevauchent, assemblées par des rivets de fer. Ils avançaient à l’aviron et sous une seule voile carrée, et se gouvernaient avec un aviron de gouverne fixé à droite, à tribord. Leur taille allait du bateau de pêche d’environ 11 mètres au navire de guerre de plus de 30 mètres, et les Scandinaves distinguaient les navires longs (langskip), faits pour la guerre, des navires de charge plus larges comme le knörr (knarr) et le byrðingr.
Ce guide part des navires qui nous sont parvenus : les navires funéraires d’Oseberg, de Gokstad et de Ladby, les cinq épaves de Skuldelev, près de Roskilde, les navires de guerre de Hedeby et Roskilde 6. Chaque dimension, chaque effectif et chaque vitesse vient d’une découverte précise, d’une page de musée ou d’un voyage de réplique ; les citations des sagas sont traduites d’après des traductions anglaises du domaine public.
- Une seule façon de construire : des virures qui se chevauchent, des rivets de fer, une voile carrée, un aviron de gouverne à tribord.
- Navire long ou knarr : long et étroit, avec de nombreux avirons, pour la guerre ; large et profond, avec peu d’avirons, pour le commerce. Dans les sagas, snekkja, skeið et dreki sont des catégories de navires longs ; aucun navire fouillé ne peut être rattaché à l’un de ces noms.
- « Drakkar » n’est pas un mot vieux norrois : c’est un mot français, attesté pour la première fois en 1840, tiré du suédois drakar, « dragons ».
- Le plus long connu : Roskilde 6, environ 36 mètres. Reconstruire Skuldelev 2, long de 30 mètres, a demandé 27 000 heures de travail.
Les navires vikings en bref
| Question | Réponse courte |
|---|---|
| Ce qu’ils étaient | Des navires non pontés, bordés à clin, à rames et à voile : les bateaux de l’âge viking (de la fin du VIIIe au XIe siècle). |
| Principaux types | Navires longs (langskip), désignés selon leur taille et leur rang : karfi, snekkja, skeið, dreki. Navires de charge : knörr (knarr), byrðingr. |
| Matériaux | Chêne fendu (pin dans l’ouest de la Norvège), rivets de fer, goudron ; voiles de laine ou de lin. |
| Taille | De 11,2 m (Skuldelev 6, un bateau de pêche) à environ 36 m (Roskilde 6, le navire de guerre d’un roi ou d’un jarl). Les célèbres navires funéraires : Oseberg 21,5 m, Gokstad 23 m. |
| Équipage | 5 à 8 hommes sur le caboteur Skuldelev 3 ; 65 à 70 sur le navire long Skuldelev 2 ; probablement 78 rameurs sur Roskilde 6. |
| Vitesse | Estimations des musées : moyennes de 4 à 8 nœuds (7 à 15 km/h) à la voile ; pointes de 8 à 10 nœuds pour un petit navire marchand, et jusqu’à 15 à 17 nœuds (28 à 31 km/h) pour les navires longs. Les traversées complètes étaient bien plus lentes. |
| Découvertes les plus célèbres | Oseberg, Gokstad et Tune (Musée de l’âge viking, Oslo, fermé jusqu’à son ouverture prévue fin 2027) ; les cinq navires de Skuldelev (Musée des navires vikings, Roskilde) ; Hedeby 1 (Haithabu, Allemagne) ; Roskilde 6, le plus long connu. |
Qu’est-ce qu’un navire viking ?
Un navire viking était bordé à clin : chaque bordage, ou virure, recouvrait en partie celui du dessous et y était riveté, tandis que des membrures et des baux raidissaient la coque de l’intérieur. La technique était plus ancienne que les Vikings de plusieurs siècles. Comme l’explique le Musée des navires vikings de Roskilde, les recouvrements jouent le rôle d’un raidisseur longitudinal : on peut espacer largement les membrures et garder une coque légère. Et les bordages étaient fendus dans le fil du bois plutôt que sciés, ce qui rendait solides des planches minces.
Ce qui a changé, c’est la voile. Le navire de Nydam, construit vers 310–320 apr. J.-C., était un grand bateau à rames sans mât. Le navire de Salme, plus grand, en Estonie, vers 750, avait une quille, et l’archéologue qui l’a fouillé, Jüri Peets, a interprété des traces au milieu de la coque comme celles d’un mât et d’une voile. Le navire d’Oseberg, des années 820, était conçu pour les deux. Le navire viking était un hybride : la voile pour les longues distances, les avirons pour le calme plat, les ports et le combat.
Les types de navires vikings et leurs noms en vieux norrois
Ces noms viennent des textes, surtout des sagas ; les définitions ci-dessous sont celles de l’Icelandic-English Dictionary de Cleasby et Vigfússon (1874), traduites par nos soins. Aucun navire fouillé ne porte d’étiquette : rapprocher un nom d’une découverte est un exercice moderne. Un nom anglais courant est même tout simplement faux : le « longboat » désigne la plus grande embarcation, la chaloupe, qu’emportaient les voiliers bien plus tardifs, d’usage courant à partir du XVIe siècle. Le navire de guerre viking était le navire long, le langskip.
| Nom en vieux norrois | Autres graphies | Sens | Découvertes correspondantes |
|---|---|---|---|
| langskip | navire long ; en anglais longship (et non « longboat ») | Navire de guerre, long et étroit, à rames et à voile | Skuldelev 2 et 5, Hedeby 1, Roskilde 6 |
| karfi | karve, karvi | « navire rapide, avec six, douze ou seize rameurs de chaque bord, surtout utilisé sur les lacs ou dans les bras de mer » ; un mot d’origine étrangère (comparez le grec byzantin karabos) | Aucune identification certaine |
| snekkja | snekke | « sorte de navire rapide à la voile, de la catégorie des langskip », souvent de vingt ou trente rúm | Aucune identification certaine |
| skeið | skeid | navire de guerre rapide « de la catégorie langskip, mais distinct du dreki » | Aucune identification certaine |
| dreki | pluriel drekar ; « drakkar » est un mot français | « se dit surtout des navires de guerre portant une tête de dragon en guise de proue » | Aucune identification ; les ferrures de Ladby formaient probablement une tête et une queue de dragon |
| knörr | knarr, knorr | « sorte de navire marchand, par opposition au langskip » | Skuldelev 1 (reconstitution : Ottar) |
| byrðingr | byrding | « navire de charge, navire marchand », le mot scandinave d’origine | Aucune identification certaine |
| búza | busse, buss | « sorte de navire marchand », attesté pour la première fois en 1251, après l’âge viking | Aucune |
Qu’est-ce qu’un navire long ? Langskip, karfi, snekkja, skeið et dreki
Les sagas mesurent un navire de guerre en rúm, littéralement « espaces » : l’intervalle entre deux bancs de nage, où s’asseyait une paire de rameurs. Dans la saga d’Olaf Tryggvason de Snorri, la Grue « était une snekkja » à « trente bancs de nage », « haute de l’avant et de l’arrière, mais pas large » (chapitre 79, trad. Laing). Erling, le beau-frère d’Olaf, amène skeið hina miklu, « la grande skeið », de trente rúm (chapitre 105 dans le texte norrois, 106 chez Laing).
Les catégories se recoupaient : le dictionnaire note qu’une strophe peut dire skeið là où la prose dit snekkja. Le dreki, le « dragon », était moins un type de coque qu’une marque de rang ; dans les sagas, il appartient à un roi ou à un grand chef.
Knarr (knörr, knorr) et byrðingr : les navires de charge vikings
Dans sa traduction du Landnámabók (1898), Thomas Ellwood glose knörr par « navire marchand, par opposition au langskip » ; l’archéologie fournit les coques. Skuldelev 1, construit en pin dans l’ouest de la Norvège vers 1030, est un navire marchand de haute mer, profond et large, ponté à l’avant et à l’arrière, avec une cale ouverte au milieu ; sa reconstitution, Ottar, porte environ 20 tonnes sous une voile de 90 m² et dispose de quatre avirons pour les manœuvres de port. Le musée de Roskilde y voit « le type de navire de haute mer que les Vikings appelaient knarr ». Skuldelev 3, un caboteur en chêne de 14 mètres, portait 4,6 tonnes avec cinq à huit hommes d’équipage.
Navire long ou knarr : quelle différence ?
| Navire long (Skuldelev 2) | Knarr (Skuldelev 1) | |
|---|---|---|
| Usage | La guerre : transporter vite des combattants | Le commerce : transporter des marchandises en haute mer |
| Forme | Environ 30 × 3,8 m (reconstitution) : à peu près huit fois plus long que large | 15,8 × 4,8 m (reconstitution) : environ trois fois plus long que large |
| Propulsion | Voile de 112 m² et 60 avirons | Voile de 90 m² ; quatre avirons pour manœuvrer |
| Équipage | 65–70 | 6–15 |
| Bois | Chêne ; construit près de Dublin vers 1042 | Pin ; construit dans l’ouest de la Norvège vers 1030 |
Drakkar ou dreki : « drakkar » est-il un mot viking ?
Non. Le Trésor de la langue française date le mot français drakkar de 1840, dans l’Archéologie navale d’Auguste Jal, et le tire du suédois drakar, pluriel de drake, « dragon » : un singulier français formé sur un pluriel suédois moderne. Ce n’est pas un composé vieux norrois, quoi qu’en disent certains sites. Le mot vieux norrois était dreki, au pluriel drekar, et il désignait un grand navire de guerre à tête de dragon, pas n’importe quel navire viking.
Navires-dragons : les navires vikings avaient-ils des têtes de dragon ?
Certains, oui. La description la plus célèbre des sagas est celle du dragon qu’Olaf Tryggvason prit à Raud le Fort, un chef du nord de la Norvège :
« À l’avant, il avait une tête de dragon, et à l’arrière une crosse qui se relevait et se terminait en forme de queue de dragon. Les sculptures de chaque côté de l’étrave et de l’étambot étaient dorées. Le roi appela ce navire le Serpent. Quand les voiles étaient hissées, elles figuraient pour ainsi dire les ailes du dragon ; et c’était le plus beau navire de toute la Norvège. »
Snorri Sturluson, Óláfs saga Tryggvasonar, chapitre 87, traduit d’après la version anglaise de Samuel Laing (1844)
Olaf fit ensuite construire une copie plus grande, Ormr inn langi, le Long Serpent : « La longueur de quille qui reposait sur l’herbe était de soixante-quatorze aunes », et « le Long Serpent avait trente-quatre bancs de nage. La tête et la queue recourbée étaient toutes deux dorées » (chapitre 95). L’aune n’était pas une mesure fixe ; le musée de Roskilde convertit les chiffres de Snorri en « pas moins de 43 m ». Snorri écrivait quelque 230 ans après la bataille de Svolder, où ce navire combattit en l’an 1000 : le chiffre relève de la tradition, pas de la mesure. Mais Roskilde 6, long d’environ 36 mètres et construit une génération plus tard, montre que des navires de cette taille ont existé.
Les découvertes sont plus modestes. L’étrave d’Oseberg se termine par un serpent sculpté, enroulé sur lui-même ; la tête qu’on voit aujourd’hui sur le navire est une copie, et l’originale n’a survécu que parce que des pilleurs de tombe l’avaient arrachée à la hache et jetée plus profond dans le tertre. À Ladby, de petites spirales de fer à la proue et une bande de fer hérissée de pointes à la poupe sont interprétées par le musée de Roskilde comme des ornements « probablement en forme, respectivement, de tête et de queue de dragon ». La Tapisserie de Bayeux, broderie du XIe siècle consacrée à la conquête normande de l’Angleterre, montre de nombreux navires dont l’étrave porte une tête d’animal.

Comment construisait-on les navires vikings ?
Bordages, rivets et calfatage
Les constructeurs mettaient en place la quille, l’étrave et l’étambot, puis montaient le bordé virure par virure, en rivetant chaque recouvrement avec du fer. La saga du Long Serpent montre l’ordre des opérations : le maître charpentier rentre chez lui pendant qu’« on bordait le navire » et revient le trouver « bordé des deux côtés » (chapitre 95). Le navire de guerre de Hedeby montre le savoir-faire : des bordages de chêne de plus de 10 mètres de long, fendus radialement dans des troncs de plus d’un mètre de diamètre, tenus par des rivets particulièrement petits et serrés. Membrures, baux et une carlingue pour recevoir le pied du mât raidissaient la coque. Les coutures étaient calfatées (à Gokstad, le guide d’Ingvald Undset, en 1898, mentionne un « fil à trois brins, filé en poil de vache ») et la coque était goudronnée.
L’aviron de gouverne à tribord
Les navires vikings n’avaient pas de gouvernail d’étambot. Ils se gouvernaient avec un gouvernail latéral en forme de pale d’aviron, fixé sur le côté droit, près de l’arrière, et manœuvré avec une barre. Le vieux norrois appelait ce côté stjórnborði, « le bord du gouvernail », d’où l’anglais starboard et, par le néerlandais stierboord, le français « tribord ». Undset décrit ainsi le gouvernail de Gokstad, encore en place :
« Ce montage du gouvernail, sous la forme d’un aviron de gouverne placé sur le flanc tribord du navire, est partout la méthode ancienne et originelle. D’où le nom de starboard [tribord]. Ce n’est qu’à la fin du Moyen Âge que l’on plaça le gouvernail sur l’étambot. »
Ingvald Undset, A Short Guide for the Use of Visitors to the Viking-Ship from Gokstad (Kristiania, 1898), p. 9, traduit de l’anglais
Combien de temps fallait-il pour construire un navire viking ?
La meilleure réponse vient de la reconstitution de Skuldelev 2 par le Musée des navires vikings de Roskilde, construite de 2000 à 2004 et baptisée Havhingsten fra Glendalough, « l’Étalon des mers de Glendalough » :
- 27 000 heures de travail pour la coque, par 15 à 20 charpentiers de marine pendant quatre ans ; environ 40 000 heures en comptant le goudron, la ferronnerie, les cordages et la voile.
- Selon le calcul provisoire du musée, sept mois pour un maître charpentier, dix charpentiers de marine « et une nombreuse main-d’œuvre en forêt ».
- Matériaux : 150 mètres cubes de bois, dont 14 chênes pour les bordages et 250 pièces de chêne courbe pour les membrures ; environ 400 kg de fer ; 8 000 rivets ; 600 litres de goudron.
Ce décompte des ressources, note le musée, donne « une image des structures de pouvoir » qui se trouvaient derrière un navire long.
La voile : laine, surface et main-d’œuvre
Aucune voile viking complète ne nous est parvenue : on dimensionne donc les voiles d’après les coques, en cherchant l’équilibre entre coque, voile et gouvernail quand le navire remonte au près. On obtient 112 m² pour Havhingsten, 90 m² pour Ottar, 46 m² pour le petit navire long Skuldelev 5. Le lin donne une voile légère, mais il est long à préparer et pourrit ; la laine est plus lourde, élastique et durable.
Pour Ottar, le musée a tissé une voile de laine en sergé 2/1, d’après un fragment archéologique de Trondenes, en Norvège. La laine provenait de près de 200 moutons norvégiens de race spelsau, à raison d’environ 500 grammes par bête, et l’étoffe a été frottée d’ocre et de graisse de cheval. Le musée estime que cinq personnes pouvaient filer et tisser en un an le tissu de la voile d’Ottar, et qu’une voile durait de 30 à 50 ans environ. Une voile de Havhingsten en matériaux d’origine demanderait environ 200 kg de lin ou de laine préparés.
Taille et vitesse des navires vikings : les principales découvertes comparées
Les chiffres sont ceux des musées qui conservent les découvertes. Quand seuls les rivets ont subsisté (Ladby, Salme), la taille est reconstituée d’après leur disposition.
| Découverte | Date | Longueur × largeur | Avirons / équipage | Où la voir |
|---|---|---|---|---|
| Hjortspring (Als, Danemark) | IVe–IIIe siècle av. J.-C. | Plus de 19 m ; bordages cousus, sans fer | Mû à la pagaie | Musée national du Danemark, Copenhague |
| Nydam, navire en chêne (Danemark) | Construit en 310–320 apr. J.-C. | 22,84 × 3,26 m | 15 paires d’avirons, pas de mât | Château de Gottorf, Schleswig (Allemagne) |
| Salme II (Estonie) | Vers 750 | Env. 17–17,5 × 3 m | Quille ; une trentaine d’hommes (estimation) | Fouillé en 2010–2012 |
| Oseberg (Norvège) | Construit dans les années 820, enfoui en 834 | 21,5 × 5 m | 15 sabords de nage par bord ; 32 hommes | Musée de l’âge viking, Oslo |
| Gokstad (Norvège) | Construit vers 890, enfoui vers 900 | 23 × env. 5 m | 16 sabords de nage par bord ; jusqu’à 67 hommes | Musée de l’âge viking, Oslo |
| Tune (Norvège) | Enfoui vers 910 | Env. 18,7 × 4,2 m | Environ 26 hommes | Musée de l’âge viking, Oslo |
| Ladby (Fionie, Danemark) | Construit vers 900, enfoui vers 925 | Plus de 21,5 × près de 3 m | 15–16 paires d’avirons | Dans son tertre, Musée viking de Ladby |
| Hedeby 1 (Allemagne) | Construit vers 985 | Env. 30,9 × 2,7 m | Probablement 30 paires d’avirons | Musée viking de Haithabu |
| Skuldelev 1, navire marchand de haute mer | Vers 1030 | 15,8 × 4,8 m (reconstitution) | 4 avirons ; 6–15 hommes | Musée des navires vikings, Roskilde |
| Skuldelev 2, grand navire long | Vers 1042, Dublin | Env. 30 × 3,8 m (reconstitution) | 60 avirons ; 65–70 hommes | Musée des navires vikings, Roskilde |
| Skuldelev 3, caboteur | Vers 1040 | 14 × 3,3 m | 5 sabords de nage ; 5–8 hommes | Musée des navires vikings, Roskilde |
| Skuldelev 5, petit navire long | Vers 1030 | 17,3 × 2,5 m | 26 avirons ; env. 30 hommes | Musée des navires vikings, Roskilde |
| Skuldelev 6, bateau de pêche | Vers 1030, ouest de la Norvège | 11,2 × 2,5 m | 14 avirons à l’origine ; 5–15 hommes | Musée des navires vikings, Roskilde |
| Roskilde 6, navire de guerre d’un roi ou d’un jarl | Construit après 1025 (datation dendrochronologique provisoire) | Env. 36 × env. 3,7 m | Probablement 78 rameurs | Découvert en 1997 dans le port de Roskilde ; bois conservés exposés à Copenhague, Londres et Berlin en 2013–2015 |
Les vitesses sont des estimations. Pour ses reconstitutions, le musée de Roskilde donne une moyenne de 4 à 5 nœuds et une pointe de 8 à 10 pour le caboteur Skuldelev 3 ; de 6 à 7 nœuds et environ 15 pour le petit navire long Skuldelev 5 ; de 6 à 8 et 17 pour Havhingsten, qui file environ 2,5 nœuds à l’aviron. Le musée d’Oslo pense que Gokstad « pouvait probablement atteindre des vitesses allant jusqu’à 11 nœuds ». Quant à la vitesse maximale de Havhingsten, Erik Andersen, qui en a reconstitué le gréement, écrivait en 2007 : « nous ne pouvons pas encore donner la bonne réponse ».
Sur un voyage entier, les vitesses étaient bien plus faibles. En 2003, Ottar a tenu une moyenne de 4,5 nœuds sur 147 milles marins, d’Anholt à Lyngør, par brise portante ; mais la traversée complète, du nord du Seeland à l’est de la Norvège, a pris sept jours, en comptant l’attente qu’un vent contraire tombe : 1,3 nœud de moyenne.
Les voyages de répliques, du Viking de 1893 à Havhingsten
- Viking (1893). Copie du navire de Gokstad construite à Sandefjord grâce à une souscription publique, il traversa l’Atlantique sous le commandement du capitaine Magnus Andersen, avec onze hommes choisis parmi 280 candidats, et rejoignit en juillet 1893 l’Exposition universelle de Chicago (World’s Columbian Exposition). L’association Friends of the Viking Ship le conserve à Good Templar Park, à Geneva, dans l’Illinois.
- Havhingsten fra Glendalough (2007–2008). La reconstitution de Skuldelev 2 a navigué de Roskilde à Dublin, où l’original avait été construit, du 1er juillet au 14 août 2007, en passant par les Orcades et l’Écosse, puis elle est revenue par la Manche du 29 juin au 9 août 2008 : selon le musée, son expérience archéologique la plus ambitieuse.
- Saga Oseberg (2012). Une première copie d’Oseberg a coulé en moins de 20 secondes lors de son voyage inaugural, en 1987. En mesurant à nouveau l’original, Vibeke Bischoff, Geri Rørvik et Knut Paasche ont relevé des signes d’un remontage imparfait pour l’exposition, ce qui a pu condamner la première copie ; la nouvelle, mise à l’eau à Tønsberg en 2012, a rallié Roskilde en 2015.
- Draken Harald Hårfagre (navire moderne). Un navire de 35 mètres lancé en 2012, « pas la réplique d’un navire connu » mais la reconstitution d’un « grand navire » des sagas (Mystic Seaport) ; il a traversé l’Atlantique en 2016 avec 32 hommes d’équipage.

Les grandes découvertes de navires vikings, et où les voir en 2026
Avant les Vikings : Hjortspring et Nydam
Le bateau de Hjortspring, retrouvé dans une tourbière de l’île d’Als, est la plus ancienne embarcation à bordages découverte en Scandinavie : un canot de guerre en planches de tilleul cousues avec du liber, sans le moindre métal. Une étude de 2025 (université de Göteborg, avec l’université de Lund) a daté ses cordages de 381 à 161 av. J.-C. et trouvé de la poix de pin dans son calfatage ; comme les pins étaient alors rares au Danemark, les auteurs pensent que le bateau et son équipage venaient de plus à l’est, sur le pourtour de la Baltique. Il est exposé au Musée national du Danemark, à Copenhague. Le navire en chêne de Nydam, fouillé en 1863, est un bateau à rames bordé à clin, sans mât ni voile, construit en 310–320 apr. J.-C. et immergé dans la tourbière comme butin de guerre ; le Danemark l’a perdu après la guerre de 1864, et il est exposé au château de Gottorf, à Schleswig, en Allemagne.
Les navires d’Oseberg, de Gokstad et de Tune : les navires d’Oslo
Les trois navires funéraires norvégiens ont été dégagés de leurs tertres : Tune en 1867, Gokstad en 1880, Oseberg en 1904. Le navire d’Oseberg, découvert en 1903 sur une ferme près de Tønsberg, a été construit en chêne dans le sud-ouest de la Norvège dans les années 820. C’est le plus richement sculpté ; environ 90 % du navire reconstitué est en bois d’origine, et le musée estime son équipage à 32 hommes : trente rameurs, un barreur et une vigie. Le navire de Gokstad, construit vers 890 et sorti du « tertre du Roi », près de Sandefjord, par Nicolay Nicolaysen, est selon le musée « le plus grand navire viking conservé au monde » : le plus grand qui nous soit parvenu presque entier, puisque Hedeby 1 et Roskilde 6, plus longs, ne sont conservés qu’en partie. Aucun banc de nage n’a subsisté : ses rameurs s’asseyaient probablement sur des coffres. Tune n’a jamais été démonté puis remonté : chacun de ses rivets est d’origine.

Peut-on les voir aujourd’hui ? Pas encore. L’ancien musée des navires vikings de Bygdøy a fermé en 2021 pour laisser construire, juste à côté, le Musée de l’âge viking. Oseberg a été transféré dans le nouveau bâtiment en septembre 2025, suivi de Gokstad, de Tune et des traîneaux d’Oseberg. En novembre 2026, le musée indique viser une ouverture fin 2027, « même si la date est susceptible de changer » ; sa FAQ parle de novembre 2027. En attendant, des objets de l’âge viking sont exposés dans son musée frère, le Musée historique, au centre d’Oslo, dont, selon le musée, la tête de serpent sculptée originale du navire d’Oseberg.
Les navires de Skuldelev et Roskilde 6
À la fin de l’âge viking, cinq vieux navires ont été remplis de pierres et coulés, en deux temps, en travers du chenal du fjord de Roskilde, à Skuldelev, pour barrer la route maritime vers Roskilde. Les archéologues ont entouré le site d’un batardeau, abaissé l’eau par étapes et fouillé les épaves en 1962 : un navire marchand de haute mer (Skuldelev 1), un grand navire long (2), un caboteur (3), un petit navire long construit en partie avec du bois de réemploi (5) et un bateau de pêche norvégien (6). Les pièces autrefois numérotées comme un « navire 4 » distinct se sont révélées appartenir à Skuldelev 2.
Les cinq épaves sont exposées dans la halle des navires vikings de Roskilde, et des reconstitutions grandeur nature de chacune sont amarrées dans le port du musée. En creusant ce port, en 1997, on a mis au jour neuf navires de l’âge viking et du Moyen Âge, dont Roskilde 6 : sa quille mesure à elle seule 32 mètres, et le musée lui restitue une longueur totale de près de 36 mètres, « le plus long navire viking découvert à ce jour ».
Hedeby et Ladby
Hedeby 1, découvert par des plongeurs en 1953 dans le port de la ville marchande voisine de Schleswig et fouillé à la fin des années 1970, était plus de onze fois plus long que large : « le navire long le plus étroit jamais découvert », selon le musée de Roskilde. D’importantes traces de carbonisation laissent penser qu’il a fini en brûlot, lancé en flammes dans le port. Il est exposé dans la halle des navires du Musée viking de Haithabu. Le navire de Ladby, en Fionie, découvert au milieu des années 1930, ne subsiste que sous forme de rangées de rivets et d’empreintes dans le sol, mais il repose toujours dans son tertre, avec son ancre et sa chaîne de fer.
Les tombes à navire vikings : Oseberg, Gokstad, Ladby et Salme
Les grandes tombes à navire étaient réservées à une infime élite ; notre guide des rites funéraires vikings les replace parmi les nombreuses tombes à bateau plus modestes et les sépultures ordinaires. Dans tous les cas fouillés, le navire avait été tiré à terre, puis enterré ou brûlé sur la terre ferme.
- Oseberg (834) : deux femmes, dans une chambre funéraire derrière le mât, avec des traîneaux, un chariot, des lits, des textiles, des ustensiles de cuisine et des animaux.
- Gokstad (vers 900) : un homme puissant, avec trois petits bateaux, un plateau de jeu et assez de boucliers pour garnir tout le navire ; Undset a compté les ossements d’au moins 12 chevaux et 6 chiens.
- Ladby (vers 925) : ce que le Musée viking de Ladby présente comme la seule tombe à navire viking du Danemark, avec 11 chevaux et probablement 4 ou 5 chiens.
- Salme (vers 750) : deux navires, sur l’île estonienne de Saaremaa, qui renfermaient 41 hommes, dont beaucoup portaient des blessures d’armes. Les analyses isotopiques, croisées avec les épées de style scandinave (Price et ses collègues, Antiquity, 2016), désignent la région du lac Mälar, dans le centre de la Suède, comme leur origine la plus probable. Dans le plus grand navire, 34 hommes reposaient en quatre couches ; l’archéologue d’Uppsala John Ljungkvist y voyait une sépulture d’après bataille qui « présente beaucoup des éléments d’une inhumation en bateau ».
- Gjellestad (découvert en 2018) : le géoradar a révélé un navire d’environ 20 mètres dans un tertre arasé par les labours, dans l’Østfold, en Norvège. Une tranchée de sondage a daté la tombe entre la fin du VIIIe et le début du Xe siècle, et comme des champignons détruisaient le bois, le Musée d’histoire culturelle d’Oslo a commencé à la fouiller en juin 2020 : la première tombe à navire fouillée en Norvège depuis plus d’un siècle.
Il existe un seul témoignage écrit direct. Ahmad ibn Fadlan, envoyé du calife al-Muqtadir auprès des Bulgares de la Volga en 921–922, vit les Rus brûler un chef défunt dans son navire, tiré du fleuve et posé sur un bûcher, avec une jeune esclave de sa maisonnée tuée pour le rite. Un Rus qui se tenait près de lui se moqua de la coutume arabe d’enterrer les morts, et Ibn Fadlan poursuit :
« Et en vérité, il ne s’était pas écoulé une heure que le navire, le bois et la jeune fille, avec le mort, étaient réduits en cendres. »
Ibn Fadlan, traduit d’après notre version anglaise de la traduction allemande de C. M. Frähn, Ibn-Foszlan’s und anderer Araber Berichte über die Russen älterer Zeit (Saint-Pétersbourg, 1823)
Un tertre rond fut élevé sur l’emplacement, avec un poteau de bois portant le nom du mort et celui du roi des Rus. Ces Rus étaient des marchands établis sur la Volga, loin de la Scandinavie : leur rite offre un parallèle, pas une image des coutumes du pays.
Comment les Vikings naviguaient-ils ?
La plupart des voyages suivaient les côtes et les fleuves. Le musée de Roskilde énumère les outils de cette « navigation aux sens » : amers et cairns, oiseaux, baleines et courants, odeur de la terre, position du soleil. Le témoignage direct le plus clair vient d’Ohthere (Óttarr), un Norvégien du Hålogaland qui raconta ses voyages au roi Alfred de Wessex à la fin du IXe siècle ; son récit fut inséré dans l’Orose en vieil anglais :
« Jusque-là, dit-il, on ne pouvait y arriver en moins d’un mois de navigation, si l’on mouillait la nuit et qu’on avait bon vent chaque jour. Et pendant tout ce temps, il faut naviguer près de la terre. »
Le voyage d’Ohthere du Hålogaland à Sciringesheal, dans le sud de la Norvège, Orose en vieil anglais, livre I, chapitre 1, § 18, traduit d’après la version anglaise de Joseph Bosworth (1859)
De Sciringesheal, il navigua cinq jours « jusqu’au port qu’on appelle Haddeby », le Hedeby du navire long. La traversée de la haute mer était une autre affaire. Le Landnámabók, le Livre de la colonisation de l’Islande, raconte comment Flóki Vilgerðarson partit à la recherche de la terre qu’on appela plus tard l’Islande :
« Flóki emmena trois corbeaux en mer. Quand il lâcha le premier, celui-ci s’envola en arrière, par-dessus la poupe ; le deuxième monta dans les airs puis revint au navire ; mais le troisième s’envola tout droit par-dessus la proue, dans la direction où ils trouvèrent la terre. »
Landnámabók, partie I, chapitre 2, traduit d’après la version anglaise de Thomas Ellwood, The Book of the Settlement of Iceland (Kendal, 1898)
D’où son surnom de Hrafna-Flóki, « Flóki des Corbeaux ». Ellwood signale qu’une autre copie dit que Flóki avait consacré les corbeaux avant de quitter la Norvège ; le texte ne dit pas si cela les rattache aux corbeaux d’Odin.
Le disque d’Uunartoq. En 1948, des fouilles à Uunartoq, au Groenland, ont mis au jour une partie d’un disque circulaire gravé de lignes, daté du XIe siècle, souvent interprété comme un compas solaire. Le musée de Roskilde pense que les Vikings « utilisaient probablement un compas solaire » ; Balázs Bernáth, Gábor Horváth et leurs collègues (2014) jugent les « dimensions et incisions » du disque « loin d’être optimales » pour cet usage et proposent une « planche crépusculaire » : un compas solaire combiné à une planche d’horizon, à utiliser quand le soleil est près de l’horizon.
La pierre de soleil. Le mot sólarsteinn, « pierre de soleil », apparaît dans quelques textes islandais médiévaux ; Cleasby et Vigfússon (1874), qui les recensent, y voyaient une pierre d’aimant (« pierre de soleil ou pierre d’aimant ») : les textes eux-mêmes ne disent donc pas ce qu’était cette pierre. Des physiciens ont montré qu’un cristal de spath d’Islande permet de localiser un soleil caché (Ropars et ses collègues, 2011), et un tel cristal a été retrouvé dans un navire élisabéthain qui a fait naufrage au large d’Aurigny en 1592 (Le Floch et ses collègues, 2013). Mais aucune pierre de soleil n’a été découverte dans un contexte viking, et « aucun minéral clairement adapté n’a été trouvé » (musée de Roskilde). Une méthode possible, pas une pratique prouvée.
Les navires de la mythologie nordique : Skíðblaðnir, Naglfar et Hringhorni
« Skídbladnir est le meilleur des navires et le plus habilement construit ; mais Naglfar est le plus grand navire ; il appartient à Múspell. »
Gylfaginning, chapitre 43, traduit d’après la version anglaise d’Arthur Gilchrist Brodeur (1916)
- Skíðblaðnir (Skidbladnir), fabriqué par les fils d’Ívaldi pour Freyr, a bon vent dès que sa voile est hissée, peut porter tous les dieux avec leurs armes et se replie « comme une serviette » pour tenir dans une bourse (Gylfaginning 43 ; Grímnismál 43).
- Naglfar est fait « des ongles des morts » et gouverné par le géant Hrymr lors du Ragnarök (Gylfaginning 51) ; la Völuspá (str. 50) dit seulement « Naglfar est détaché » (trad. Bellows).
- Hringhorni, le navire de Baldr, « le plus grand de tous les navires », refuse de bouger pour ses funérailles jusqu’à ce que la géante Hyrrokkin le pousse à l’eau, « si bien que le feu jaillit des rouleaux » (Gylfaginning 49).
Navires des pierres historiées et navires de pierres
Les pierres historiées de Gotland, des pierres commémoratives pour la plupart sans inscription, montrent souvent des navires sous voile ; le musée de Roskilde note qu’elles semblent disparaître au Xe siècle. La pierre de Tjängvide, que le Musée d’histoire de Suède date de 800–1099, montre un navire et son équipage sous une voile à motif de losanges. Le musée se garde de lire ces voiles au pied de la lettre : le quadrillage pourrait figurer des laizes cousues, des bandes de renfort ou un simple décor, et « il n’est pas du tout certain que les pierres historiées montrent des voiles de laine ». Notre index des symboles vikings et de leurs preuves traite du navire en tant qu’image.

Les navires de pierres sont des pierres dressées qui dessinent le contour d’un navire. Ales stenar, à Kåseberga, en Scanie, le plus grand navire de pierres conservé de Suède, mesure environ 70 mètres de long sur 19 de large et compte aujourd’hui 59 pierres. Un rapport de 2013 de l’Office national du patrimoine suédois (Riksantikvarieämbetet) fait le point sur sa datation : les résultats au radiocarbone et la comparaison avec d’autres grands navires de pierres le placent à l’âge du fer récent (400–1050 apr. J.-C.). Une datation à l’âge du bronze a été proposée, entre autres par l’archéologue qui l’a fouillé, Märta Strömberg, qui a ensuite changé d’avis. Son alignement sur les solstices, signalé par Hasse Alfredsson en 1975, a suscité « de longues discussions » (notre traduction).
Les mythes sur les navires vikings : boucliers, dragons et la série Vikings
Les navires vikings naviguaient-ils avec des boucliers le long des flancs ? Pas quand on ramait. Le navire de Gokstad a été enterré avec des boucliers le long des deux plats-bords, et Undset expliquait :
« … le navire, lors de son inhumation (comme en d’autres occasions, quand on le parait pour des fêtes), avait été orné de boucliers des deux côtés ; les boucliers semblaient avoir été peints alternativement en jaune et en noir. Quand on faisait avancer le navire à l’aviron, on retirait les boucliers, puisqu’ils descendaient assez bas pour couvrir les ouvertures des avirons. »
Ingvald Undset, A Short Guide for the Use of Visitors to the Viking-Ship from Gokstad (Kristiania, 1898), p. 7, traduit de l’anglais

Les râteliers à boucliers ont bien existé : des fragments de l’un d’eux subsistent le long de la virure supérieure de Skuldelev 5. Dans les images, note le musée de Roskilde, des rangées de 10 à 30 boucliers ou avirons étaient une convention pour montrer la taille d’un navire.
« Tous les navires vikings étaient des drakkars, des navires-dragons. » Dans les sources, un dreki est le navire de guerre d’un chef ou d’un roi, et parmi les découvertes, seules quelques-unes, comme Oseberg et Ladby, portent un décor animalier à l’étrave. « Drakkar » est un mot français du XIXe siècle.
« Les funérailles vikings consistaient à brûler des navires en mer. » Toutes les tombes à navire fouillées se trouvaient sur la terre ferme ; le navire en flammes vient des funérailles de Baldr et du roi légendaire Haki, chez Snorri, envoyé en mer « brûlant d’une flamme claire » (Ynglinga saga 27, trad. Laing).
La série Vikings (History, 2013–2020). Son personnage de Floki est « un constructeur de navires de génie » qui « conçoit et construit le prototype de la nouvelle génération de navires vikings » (page de présentation des personnages sur le site de la chaîne History). C’est de la fiction : des navires à quille, sans doute déjà gréés d’une voile, existaient vers 750 à Salme. Le nom rappelle Hrafna-Flóki, celui du Landnámabók.
Pour aller plus loin
Suivez les navires jusque dans les mythes et les tombes
Les navires vikings portaient les morts comme les vivants, et les dieux avaient leurs propres navires.
Questions fréquentes
Comment appelait-on les navires vikings ?
Les Scandinaves appelaient leurs navires de guerre langskip, « navires longs », et les distinguaient par leur taille et leur rang : karfi ou karve (une galère plus petite), snekkja ou snekke et skeið ou skeid (navires de guerre rapides de vingt à trente rúm, c’est-à-dire espaces de rameurs, ou davantage) et dreki, au pluriel drekar, navire à tête de dragon d’un roi ou d’un grand chef. Les navires de charge étaient le knörr (knarr, knorr), navire marchand de haute mer, et le byrðingr, navire de transport. Le mot drakkar est français : il est attesté pour la première fois en 1840.
Quelle différence entre un navire long (langskip) et un knarr ?
Le navire long était fait pour la guerre : long, étroit et rapide, avec de nombreux avirons en plus de la voile. La reconstitution de Skuldelev 2 mesure environ 30 m de long sur 3,8 m de large, avec 60 avirons et 65 à 70 hommes d’équipage. Le knarr était fait pour transporter des marchandises : large et profond, il avançait surtout à la voile. La reconstitution de Skuldelev 1 mesure 15,8 m sur 4,8 m, porte environ 20 tonnes et n’a que quatre avirons.
Quelle était la longueur d’un navire long viking ?
D’environ 17 à 36 mètres. Parmi les découvertes, le petit navire long Skuldelev 5 mesure 17,3 m, le grand navire long Skuldelev 2 environ 30 m, Hedeby 1 environ 30,9 m, et Roskilde 6, le plus long navire viking découvert à ce jour, environ 36 m. Les célèbres navires funéraires d’Oslo se situent entre les deux : Oseberg mesure 21,5 m et Gokstad 23 m. Le musée de Roskilde estime le Long Serpent de Snorri à environ 43 m, mais ce chiffre vient d’une saga écrite deux siècles plus tard, pas d’une découverte.
Les navires vikings avaient-ils des têtes de dragon ?
Certains, oui. Dans les sagas, le dreki, « dragon », est le navire de guerre d’un roi ou d’un chef, avec une tête de dragon à la proue et une queue à la poupe ; c’est ainsi que Snorri décrit le navire de Raud le Fort (Óláfs saga Tryggvasonar 87). Parmi les découvertes, l’étrave du navire d’Oseberg se termine par un serpent sculpté, et des spirales de fer à la proue du navire de Ladby ornaient probablement une tête de dragon.
Combien de temps fallait-il pour construire un navire viking ?
Pour un grand navire long, des mois de travail pour une équipe nombreuse. Le Musée des navires vikings de Roskilde a consacré 27 000 heures de travail, sur quatre ans, à Havhingsten, la reconstitution de Skuldelev 2, longue de 30 mètres, et environ 40 000 heures en comptant le goudron, le fer, les cordages et la voile. Il estime qu’un maître charpentier, dix charpentiers de marine et une nombreuse main-d’œuvre en forêt auraient pu construire la coque en sept mois.
À quelle vitesse allait un navire viking ?
Pour leurs reconstitutions, les musées estiment les moyennes à 4 à 8 nœuds (7 à 15 km/h) à la voile, et les pointes de 8 à 10 nœuds pour un petit navire marchand (Skuldelev 3) jusqu’à 15 à 17 nœuds environ (28 à 31 km/h) pour les navires longs (Skuldelev 5, Havhingsten). Le musée d’Oslo prête au navire de Gokstad une vitesse pouvant atteindre environ 11 nœuds. Sur un voyage entier, la moyenne était bien plus basse : en 2003, Ottar, réplique d’un knarr, a mis sept jours pour une traversée de 189 milles marins, soit 1,3 nœud, parce qu’il a dû attendre le vent.
Combien d’hommes y avait-il à bord d’un navire viking ?
Cela dépendait du navire. Les musées estiment qu’il fallait de 5 à 8 hommes pour le petit navire marchand Skuldelev 3, de 6 à 15 pour le navire marchand de haute mer Skuldelev 1, une trentaine pour le petit navire long Skuldelev 5, 32 pour le navire d’Oseberg, jusqu’à 67 pour Gokstad et de 65 à 70 pour le grand navire long Skuldelev 2. Roskilde 6, le plus long navire viking connu avec environ 36 m, avait probablement 78 rameurs.
Les Vikings accrochaient-ils des boucliers sur les flancs de leurs navires ?
Oui, mais pas quand on ramait. Le navire de Gokstad a été enterré avec des boucliers le long des deux plats-bords, apparemment peints alternativement en jaune et en noir, et le guide d’Ingvald Undset (1898) explique qu’on les retirait pour ramer, parce qu’ils couvraient les sabords de nage. Des fragments d’un râtelier à boucliers subsistent sur Skuldelev 5. Dans les images, des rangées de boucliers étaient aussi une convention pour montrer la taille d’un navire.
Comment les Vikings naviguaient-ils sans boussole ?
Surtout grâce aux amers, aux côtes, au soleil, aux oiseaux, aux baleines et aux courants, comme le décrit le Musée des navires vikings de Roskilde. Ohthere raconta au roi Alfred que le trajet côtier vers le sud, le long de la Norvège, prenait un mois même avec bon vent chaque jour, en mouillant la nuit et en restant près de la terre. Le Landnámabók raconte que Flóki lâcha des corbeaux pour trouver l’Islande. Le disque d’Uunartoq, au Groenland, est peut-être un compas solaire, et des pierres de soleil en spath d’Islande auraient pu servir à localiser un soleil caché, mais les deux hypothèses restent débattues : aucune pierre de soleil n’a été trouvée dans un contexte viking.
Où voir de vrais bateaux vikings aujourd’hui ?
Le Musée des navires vikings de Roskilde, au Danemark, expose les cinq navires de Skuldelev et fait naviguer leurs reconstitutions. Les navires d’Oseberg, de Gokstad et de Tune se trouvent dans le nouveau Musée de l’âge viking d’Oslo, qui dit viser une ouverture fin 2027. Le navire long de Hedeby est au Musée viking de Haithabu, en Allemagne, le navire de Ladby repose dans son tertre funéraire, en Fionie, et le navire de Nydam est au château de Gottorf, à Schleswig.
Sources et notes de la rédaction
Rédigé en novembre 2026. Les chiffres des navires sont ceux que publie le musée qui conserve chaque découverte, ou ceux de ses fouilleurs ; les reconstitutions sont signalées. Les traductions marquées « notre traduction » sont les nôtres ; les autres citations sont traduites en français d’après les traductions anglaises du domaine public indiquées. Les chapitres de l’Óláfs saga Tryggvasonar suivent la numérotation de Laing, sauf mention contraire.
- Musées : Musée des navires vikings, Roskilde (les navires de Skuldelev et leurs reconstitutions, Roskilde 6, Hedeby, Ladby, les voiles, la navigation, les voyages d’essai) ; Musée de l’âge viking, Oslo ; Musée viking de Ladby ; Musée viking de Haithabu ; Musée d’histoire de Suède.
- Textes : Snorri Sturluson, Heimskringla, trad. anglaise S. Laing (1844), avec le texte vieux norrois de heimskringla.no ; Gylfaginning, trad. anglaise A. G. Brodeur (1916) ; Edda poétique, trad. anglaise H. A. Bellows (1923) ; Landnámabók, trad. anglaise T. Ellwood (1898) ; Orose en vieil anglais, éd. et trad. anglaise J. Bosworth (1859) ; Ibn Fadlan, trad. allemande C. M. Frähn (1823) ; I. Undset, guide du navire de Gokstad (1898).
- Études : R. Cleasby et G. Vigfússon, Icelandic-English Dictionary (1874) ; Trésor de la langue française, « drakkar » (CNRTL) ; T. D. Price et al., « Isotopic provenancing of the Salme ship burials in Pre-Viking Age Estonia », Antiquity 90 (2016) ; B. Bernáth et al., Proc. R. Soc. A 470 (2014) ; Ropars et al., Proc. R. Soc. A (2011) ; Le Floch et al., Proc. R. Soc. A (2013) ; M. Andersson et al., Ales stenar i nytt ljus, UV Rapport 2013:80 (Riksantikvarieämbetet) ; M. Fauvelle et al., PLOS One (2025), sur le bateau de Hjortspring ; L. Gustavsen et al., « Gjellestad: a newly discovered central place in southeast Norway », Antiquity (2020).
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